Structure sociale, hiérarchie sociale et inégalités
(ou comment une société range les individus)
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| Hyundai Department Store City / Pixabay |
Non pas pour ajouter une nouvelle théorie, mais pour poser des mots simples sur une idée centrale, trop souvent utilisée sans être définie :
qu’appelle-t-on exactement une société structurée et hiérarchisée ?
Car Marx et Weber nous ont beaucoup appris.
Mais ils ont parfois parlé sans nommer. En tout cas dans mes articles.
Et la sociologie contemporaine, elle, a changé de vocabulaire sans toujours
changer de logique.
Une société
structurée : des groupes, pas un hasard
Dire qu’une société est structurée, c’est dire qu’elle n’est pas aléatoire.
Une société est structurée lorsqu’on peut y
repérer :
- (1) des groupes d’individus,
- (2) d'individus qui sont regroupés selon des caractéristiques sociales communes,
- et (3) des groupes qui sont relativement distincts les uns des autres.
Ces groupes peuvent être définis par le diplôme,
le revenu, la profession, le genre, l’âge, le territoire, l’origine sociale… Peu importe la variable choisie : ce qui compte, c’est que les individus ne
soient pas distribués au hasard, mais regroupés.
C’est exactement ce que Marx observait déjà
lorsqu’il distinguait bourgeois-capitalistes et prolétaires.
Et c’est ce que Weber systématisait lorsqu’il parlait de classes, de
groupes de statut ou de partis.
Une structure sociale, c’est donc une organisation de la société en
groupes socialement différenciés.
De la
structure à la hiérarchie : classer, c’est déjà juger
Mais dès que l’on va plus loin, un glissement
s’opère.
Imaginons — souvenez-vous de vos cours de
mathématiques (brrrr…) — une variable x.
Par exemple : le niveau de diplôme.
Sur un axe, on peut placer :
- les individus sans diplôme,
- ceux qui ont un CAP ou un BEP,
- ceux qui ont le baccalauréat,
- ceux qui ont un diplôme supérieur.
À l’intérieur de cet espace,
- on peut faire apparaitre des groupes (groupe de ceux qui sont sans diplômes, de ceux qui ont un CAP, de ceux qui ont le bac, etc).
- mais des groupes de tailles différentes (dans la société française, il y a plus de titulaires du bac que de titulaires de bac + 5 ou plus)
- et des groupes clairement distincts suivant cette variable du diplôme.
Nous avons déjà une structure sociale.
Mais cet axe du diplôme n’est pas neutre.
Il va du moins vers le plus.
Du moins diplômé vers le plus diplômé.
Et donc du moins valorisé vers le plus valorisé.
Et sans même nous en rendre compte, nous avons
introduit une hiérarchie sociale.
Qu’est-ce
qu’une hiérarchie sociale ?
Une hiérarchie sociale est une forme
d’organisation fondée sur la distribution inégale d’avantages.
Elle classe les groupes sociaux du plus favorisé au moins favorisé. On dit aussi qu'elle les classe selon leur accès à des ressources socialement valorisées... Par exemple, le diplôme.
Et les diplômes élevés sont
placés « tout au-dessus » non pas par magie,
mais parce qu’ils donnent davantage d’avantages :
- un accès plus facile à l’emploi,
- une plus grande stabilité professionnelle,
- des revenus plus élevés,
- davantage de prestige,
- parfois plus d’autorité.
Autrement dit, la hiérarchie sociale est la structure générée par les inégalités ... Une structure que j'imagine verticale, dans ma tête.
Des chances
de vie aux inégalités : même logique, autre vocabulaire
À ce stade, les plus attentifs auront reconnu une
idée déjà rencontrée.
Max Weber parlait de chances de vie (Lebenschancen)
: des probabilités différenciées d’accéder à des ressources économiques, sociales
ou politiques.
Aujourd’hui, la sociologie parle plus volontiers
d’inégalités. Mais le raisonnement est très proche.
Les inégalités contemporaines peuvent être comprises comme la distribution inégale d’avantages et de désavantages entre les groupes sociaux.
Marx, sans employer ces mots, décrivait déjà certains de ces
désavantages structurels : la précarité, la dépendance, la domination économique.
Weber les conceptualisait comme des probabilités.
La sociologie contemporaine les mesure comme des écarts observables.
Même phénomène, vocabulaire renouvelé.
Quand les
variables se croisent : la naissance d'un espace social
Jusqu’ici, nous n’avons utilisé qu’une seule variable. Mais la réalité sociale ne fonctionne jamais sur un seul critère.
Avec deux variables, x et y — par exemple le niveau de diplôme et le niveau de revenu — on peut représenter un espace à deux dimensions.
Dans cet espace :
- certains groupes cumulent des avantages (ceux issus des revenus élevés et des diplômes élevés),
- d’autres cumulent des désavantages (ceux issu de faibles revenus et de faibles
diplômes),
- d’autres encore possèdent des profils plus ambivalents :
- riches en diplômes mais moyens en revenus (professeurs, par exemple),
- riches en revenus mais pauvres en diplômes (certains artisans ou
chefs d’entreprise).
Et ce que l’on fait avec deux variables, on peut
le faire avec trois, quatre, cinq… au prix, évidemment, d’une complexité croissante.
Conclusion : structure, hiérarchie et inégalités
Au final, la structure sociale peut être pensée comme une organisation stable de groupes distincts. (Ce que j'ai essayé de représenter avec mes cercles/ovales de couleur).Et ces groupes ne sont pas définis au hasard.
la profession,
l’âge,
le genre,
le lieu de résidence
l’origine ethnique ...
Proches par des degrés de désavantages ou d'avantages.
Se dessine un espace... Un espace social.
- structuré parce qu’il organise les individus en groupes,
- hiérarchisé parce que ces groupes n’ont pas un accès égal aux avantages,
- et dynamique parce que les positions peuvent évoluer... évoluer, d'ailleurs, sans que les inégalités disparaissent.
Elle cartographie.



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