Derrière les critères économiques : les autres forces qui structurent la société (partie 1)
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| A gauche, la tour dans laquelle E. Humeau a grandi. Photo: la Nouvelle république. Ah... Saint Pierre des Corps... Sa gare TGV, ses HLM et son autoroute qui la sépare bien de Tours. Paris a son Saint-Denis, Tours à son Saint-Pierre. |
La structure sociale ne se réduit pas aux seuls critères économiques.
La position dans la production, le revenu et le patrimoine dessinent une première ossature.
Solide. Visible. Mesurable.
Pourtant, d’autres critères organisent aussi la société.
Moins immédiatement monétaires.
Mais tout aussi structurants.
Le diplôme, l’âge, le lieu de résidence, la composition du ménage.
Ces dimensions ne remplacent pas l’économie.
Elles s’y superposent.
Elles en amplifient parfois les effets.
Le diplôme structure les trajectoires sociales
Le niveau de diplôme constitue aujourd’hui un principe central de différenciation sociale.
Il ne s’agit pas simplement d’un certificat scolaire.
Il fonctionne comme un mécanisme de tri.
Le diplôme conditionne l’accès à certains emplois, à certains niveaux de rémunération, à certaines positions hiérarchiques.
Les données statistiques montrent que le taux de chômage des personnes sans diplôme est nettement supérieur à celui des diplômés du supérieur. De même, le salaire moyen augmente avec le niveau de qualification.
Le diplôme agit donc comme un filtre.
Il organise des probabilités d’accès à la stabilité, à l’autonomie professionnelle, à la mobilité.
Il structure également les sociabilités. Les individus ayant un niveau de diplôme comparable fréquentent davantage des personnes au parcours scolaire similaire. Les unions entre individus de niveau scolaire proche sont fréquentes : on parle d’homogamie scolaire.
Ainsi, l’école ne distribue pas seulement des connaissances.
Elle distribue des positions probables dans l’espace social.
Le diplôme devient un principe de classement durable.
Le lieu de résidence organise des inégalités spatiales
Le territoire constitue un autre principe de structuration.
Habiter un centre métropolitain dynamique, une commune périurbaine ou un espace rural n’implique pas les mêmes opportunités... Les mêmes chances de vie.
Des écarts importants existent en matière de revenus, mais aussi d’accès aux transports, aux services publics et aux établissements scolaires...
Le lieu de résidence influence :
– l’accès à l’emploi
– la qualité des infrastructures
– la valeur immobilière
– la densité des réseaux sociaux
Certains territoires concentrent les emplois qualifiés, les équipements culturels, les formations prestigieuses.
D’autres cumulent éloignement, faiblesse des services publics et moindre attractivité économique.
Le territoire peut ainsi renforcer ou atténuer les inégalités économiques initiales.
La structure sociale est aussi spatiale.
Il peut être intéressant de noter que diplômes et lieu de résidence jouent sur le prestige et la reconnaissances sociales... Et plus généralement, sur les chances de vies chères à Weber.
La position dans le cycle de vie différencie les situations
La société se structure également selon l’âge et la position dans le cycle de vie.
Un étudiant, un actif en début de carrière, un salarié en fin de parcours professionnel, un retraité ne disposent ni des mêmes ressources, ni des mêmes contraintes.
Les jeunes actifs connaissent davantage de contrats temporaires et des revenus plus faibles en début de trajectoire. Les seniors ont souvent accumulé davantage de patrimoine, mais peuvent être exposés au risque d’exclusion du marché du travail en fin de carrière.
L’âge influence :
– le niveau de revenu
– la stabilité de l’emploi
– le patrimoine accumulé
– l’exposition à certains risques sociaux
Il structure aussi les expériences collectives. Les générations n’entrent pas sur le marché du travail dans le même contexte économique. Certaines connaissent une période plus favorable. D’autres affrontent un chômage élevé ou une précarité accrue.
La structure sociale ne se lit donc pas seulement verticalement.
Elle se lit aussi à travers les générations.
La composition du ménage modifie le niveau de vie réel
Enfin, la société se différencie selon la configuration familiale.
Vivre seul, en couple, avec ou sans enfant, en famille monoparentale ou recomposée modifie profondément les conditions matérielles d’existence.
Pour comparer les niveaux de vie, les statistiques utilisent la notion d’unités de consommation afin de tenir compte des économies d’échelle au sein des ménages.
Un même revenu individuel n’a pas le même sens selon la composition du foyer.
Les familles monoparentales présentent, en moyenne, un risque de pauvreté plus élevé que les couples avec deux revenus. Les couples bi-actifs disposent d’une capacité d’épargne supérieure à celle des ménages à revenu unique.
La structure sociale ne s’observe donc pas uniquement à partir d’individus isolés.
Elle se lit à l’échelle des ménages.
Ces critères sociaux produisent des groupes durables
Le diplôme, l’âge, le territoire et la configuration familiale ne sont pas de simples attributs individuels.
Ils organisent des ensembles d’individus exposés à des contraintes comparables et disposant de ressources similaires.
Des diplômés du supérieur.
Des jeunes actifs précaires.
Des retraités propriétaires.
Des habitants de centres urbains attractifs.
Des familles monoparentales.
Ces groupes ne sont pas fermés.
Mais ils partagent des probabilités communes... "Les chances de vie".
La structure sociale apparaît alors comme un système de positions relatives, définies par la combinaison de plusieurs ressources :
économiques
scolaires
démographiques
territoriales
familiales
Chaque critère ajoute une couche d’inégalité.
Chaque couche peut renforcer ou moduler les autres.
Conclusion
La structure sociale ne repose pas sur un principe unique.
Elle résulte de l’articulation de plusieurs mécanismes.
Certains relèvent directement de l’économie.
D’autres relèvent de l’éducation, de la démographie ou de l’organisation de l’espace.
Mais tous participent à la même réalité :
des positions inégales
des marges de manœuvre différentes
des libertés inégalement distribuées
Et parfois, toute une trajectoire tient à la combinaison de ces critères...
Mais il y a encore deux autres critères... Peut-être plus sujets à débats... Débats politiques mais aussi sociologiques: le sexe et l'ethnie.
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