Acte IV – Quand les Acteurs se Croisent : entre Coopérations Fragiles et Conflits Inévitables

Manifestation des "bonnets rouges" contre l'écotaxe


Je me souviens d’un vieux théâtre à ciel ouvert; quelque part entre deux siècles, deux révolutions et trois régimes.

Les planches craquaient, les rideaux moisissaient, mais les acteurs… ah, les acteurs !

Ils se disputaient chaque scène avec une ardeur qui ferait rougir un poêle à charbon.

Les politiques voulaient gouverner, les entreprises voulaient produire, les ONG voulaient alerter, les chercheurs voulaient qu’on les écoute (un luxe rare), les citoyens voulaient vivre tranquillement, et l’État… l’État voulait tout à la fois, ce qui est bien la preuve qu’il n’avait jamais assez de mains pour tenir toutes les ficelles.

C’est ce que j’appelle, moi Birdy Doc, l’« opéra environnemental » : un spectacle où chacun chante sa partition, rarement à la même tonalité.

Mais ne vous méprenez pas : si les voix s’accordent parfois, les couacs sont plus fréquents qu’on ne le croit.

Bienvenue dans l’Acte IV : celui où les acteurs cessent d’être décrits un par un… pour entrer en interaction.


Scène 1 – Les intérêts : ces petites boussoles qui n’indiquent jamais le même nord

J’ai souvent croisé des chercheurs en haut de montagnes, assis sur des cailloux froids, méditant sur leurs données.

Leurs besoins sont simples : du temps, des moyens, et qu’on arrête de leur dire “vous êtes sûrs ?” toutes les dix minutes.

Les ONG, elles, vivent d’une autre respiration : visibilité, dons, expertise, indignation — un cocktail instable qui permet de surveiller les puissants sans devenir soi-même trop puissant.

Les entreprises ? Elles n’ont qu’un objectif : produire et vendre. Que ce soit un moteur diesel, un smartphone ultra-jetable, ou une moquette recyclée en poème écologique : leur boussole pointe vers le profit.

Les citoyens ont leurs valeurs, leurs contradictions, leurs espoirs, leur chauffage au fioul et leur abonnement Netflix.

Les partis politiques… ah… Eux veulent surtout exister médiatiquement ; ce qui, dans mon expérience séculaire, ressemble souvent à une course de vitesse organisée dans un couloir trop étroit.

Quant aux pouvoirs publics, ils veulent… comment dire sans rire ? Ils veulent mettre en place des politiques tout en restant réélus. Deux objectifs honorables, mais rarement compatibles.

Voilà notre casting. Six familles, six chemins, six visions du monde… et pourtant un seul décor : la planète.

Quand les intérêts convergent, ils coopèrent.

Quand ils divergent, ils se mordent les doigts ... ou la jugulaire, selon les époques.


Scène 2 – Le Conflit : ce vieil ami qui arrive toujours sans être invité

Dans mon existence, j’ai traversé tant de conflits que je pourrais en faire un herbier :

conflit agricole séché sur papier buvard,

conflit industriel laminé dans l'acier,

conflit environnemental pressé comme une fleur entre deux rapports publics.

Mais rien ne vaut un exemple français bien senti : Notre-Dame-des-Landes.

Là-bas, sur un coin de bocage humide comme un mouchoir oublié, j’ai vu s’affronter des mouvements citoyens, des associations écologistes, des agriculteurs, des entreprises de BTP, et l’État, déterminé à construire un aéroport « stratégique ».

Le site abritait environ 2 000 espèces animales et végétales (inventaires naturalistes consultables dans les dossiers d’enquête publique).

D’un côté : l’argument écologique. De l’autre : l’intérêt économique d’une région en expansion.

Je me rappelle m’être dit en observant les premières cabanes de la ZAD : « Quand un projet se transforme en zone à défendre, c’est qu’il a déjà cessé d’être un projet. »

Et l’histoire l’a confirmé : en 2018, le gouvernement abandonne définitivement l’aéroport.

Les conflits prennent aussi des formes plus discrètes, presque polies : les pétitions, ces murmures qui deviennent grondements, ou les recours juridiques, ces batailles d’avocats où l’on se blesse surtout dans les notes de bas de page.

Prenez L’Affaire du Siècle (2018–2021).

L'affaire du siècle

Quatre ONG (Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France, Notre Affaire à Tous, Oxfam France) poursuivent l’État pour « inaction climatique ». Le 3 février 2021, le tribunal administratif de Paris reconnaît une faute de l’État : une victoire qualifiée d’« historique » par les associations.

Je me souviens avoir croisé un avocat en sortant du tribunal. Je lui ai soufflé : « Vous venez de prouver qu’on peut faire condamner un État pour ne pas avoir agi. Prochaine étape : le faire agir. C’est moins simple. »

Et puis il y a les conflits venus des entreprises elles-mêmes : les transporteurs routiers, par exemple, qui ont mené des actions musclées contre l’écotaxe en 2013–2014.

À croire que certains conflits sont écrits d’avance.


Scène 3 – La Coopération : quand les acteurs parviennent à chanter juste (rare mais spectaculaire)

La coopération… ah ! Cette licorne politique dont on parle souvent mais que je n’ai croisée que rarement intacte.

Pourtant, elle existe.

Prenez le Grenelle de l’Environnement (2007) : un accord inédit rassemblant représentants de l’État, collectivités, ONG, employeurs, salariés ... et bien sûr des chercheurs, indispensables même quand on oublie de les citer en premier.

Que reste-t-il du grenelle de l'environnement?

Six groupes de travail, quarante membres chacun, cinq collèges. Un casting cinq étoiles, presque hollywoodien pour un pays qui hésite souvent à mettre autant de monde autour d’une table.

Le Grenelle n’a pas tout réussi. Mais il a montré une chose essentielle : quand les intérêts convergent, les politiques peuvent émerger.

Pas toujours parfaites, mais existantes.

La coopération peut aussi se nicher dans l’économie circulaire. Ce modèle qui, pour une fois, permet à tout le monde de sourire :

  • les entreprises réduisent leurs coûts et trouvent de nouveaux marchés ;
  • les pouvoirs publics peuvent afficher des résultats tangibles ;
  • les ONG participent aux dispositifs ;
  • les chercheurs testent et améliorent les processus ;
  • les citoyens se sentent utiles en triant correctement leurs déchets.

C’est l’un de ces rares moments où le théâtre environnemental semble presque… harmonieux.

Presque.


Scène 4 – Entre Conflit et Coopération : l’instabilité permanente

Laissez-moi vous confier un secret que j’ai appris en observant les siècles : dans la politique environnementale, rien n’est jamais réglé.

Les intérêts bougent.

Les alliances se font et se défont.

Les conflits surgissent et s’apaisent, avant de ressurgir ailleurs.

Ce n’est pas un défaut du système : c’est sa nature. Car gérer l’environnement, c’est gérer :

  • des biens communs,
  • des externalités,
  • des inégalités structurelles,
  • des horizons temporels différents,
  • des rapports de force permanents.

Il n’existe pas de paix durable dans ce domaine. Seulement des trêves... parfois fécondes, parfois illusoires.


Scène finale – Pourquoi c’est si difficile… et pourquoi il faut continuer

Si cet acte vous semble complexe, rassurez-vous : c’est parce que le monde l’est.

La politique environnementale ne se heurte pas seulement aux limites physiques de la planète. Elle se heurte surtout aux limites psychologiques, sociales, économiques et politiques des acteurs qui l’habitent.

Mais lorsque leurs intérêts convergent, même brièvement, alors surgissent de vrais progrès : baisses d’émissions, innovations, lois ambitieuses, transformations profondes.

Comme je le murmure souvent, assis sur une branche d’arbre trop vieille pour me porter mais trop fière pour casser : « Les acteurs changent. Les conflits aussi. Mais la scène, elle, ne peut pas être remplacée. Alors autant apprendre à jouer ensemble. »

Le rideau tombe sur l’Acte IV.

Les acteurs se retirent.

Le public respire.

Moi, je reste. Toujours.

Les siècles n’ont jamais réussi à me faire sortir du théâtre.

L'acte V se prépare déjà quelque part, dans un courant d’air, dans une salle de réunion, dans un laboratoire. Celui où l'on comprend que faire d'un problème environnemental un problème politique est loin d'être un long fleuve tranquille.

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