Les grandes transformations de la structure socio-professionnelle

 

Comment la production a changé… et pourquoi la société s’est recomposée

Une femme, un homme, un bureau, des ordinateurs... On est loin du 19ème siècle de Marx ou du début 20ème de Weber ! (Photo Pixabay)


Introduction: quand la production, le travail et l'emploi reconfigure la société.

J’ai vu des sociétés se raconter de belles histoires.
Elles disaient changer par choix, par progrès, parfois même par vertu.
Elles aimaient se croire libres.

Mais à force de traverser les siècles, j’ai appris une chose beaucoup plus prosaïque :
les sociétés changent surtout quand leur manière de produire change.
Le reste suit. Ou résiste. Ou craque.

La structure socioprofessionnelle d’une société — autrement dit, la manière dont sont répartis les emplois et les positions professionnelles — n’est jamais neutre.
Elle est le miroir d’un état de l’économie, des techniques, des rapports sociaux et des institutions.
Depuis le XIXᵉ siècle, ce miroir s’est fissuré puis recomposé sous l’effet de quatre grandes transformations, qui ne cessent de se renforcer mutuellement :
la salarisation, la tertiarisation, la féminisation de l’emploi et l’élévation des qualifications.

Rien de tout cela n’est le fruit du hasard.
Rien ne relève d’un simple « changement de mentalités ».
Ces transformations sont produites par des mécanismes économiques et sociaux précis.
Et si l’on veut comprendre la société contemporaine, il faut accepter de les regarder en face.


La salarisation de la population active

La salarisation, sur le papier, c’est un mot froid.
Un terme de manuel.
Mais dans la réalité, ce sont des vies qui changent de colonne.

Moi, Birdy Doc, j’ai connu Jacky.

Jacky tenait un garage.
Un vrai.
Une odeur d’huile, des mains noires, une enseigne bricolée au-dessus de la porte.
Il décidait de ses horaires, de ses prix... de ses colères aussi.
Puis un jour, les marges se sont mises à fondre.
Les normes 'juridiques et imposées) ont gonflé.
Les fournisseurs ont serré la vis.

Alors Jacky a signé.

Le garage est devenu une franchise Midas.
Même bâtiment.
Même pont élévateur.
Mais une enseigne qui change et surtout, désormais, une hiérarchie, des objectifs, des procédures, un logo... Et un sourire imposé sous peine d'être sanctionné.
Jacky n’est plus indépendant.
Il est salarié.
Il n’a pas disparu — il a changé de statut.

J’ai aussi connu Jacqueline.

Jacqueline vendait des vêtements pour dames.
Une petite boutique.
Des conseils personnalisés.
Une relation presque intime avec ses clientes.
Puis sont arrivées les chaînes, les collections renouvelées toutes les six semaines, les publicités agressives, invasives... quand elles ne sont pas intrusives.

Jacqueline a résisté.
Un temps.

Puis l’enseigne Naf Naf a repris la boutique.
Même emplacement.
Même portants.
Mais plus aucune décision à prendre.
Jacqueline est devenue vendeuse dans son ancien magasin.

Voilà ce qu’est la salarisation.
Pas une révolution brutale.
Une absorption douce.


Les salariés de l'usine Ford (début du 20ème siècle)


Au XIXᵉ siècle, la majorité des actifs sont encore paysans, artisans, commerçants.
Ils vivent de leur activité.
Ils possèdent — même si parfois à peine — leurs outils de travail.

Le salariat existe déjà, bien sûr.
Mais il n’est pas dominant.

Puis l’industrie impose ses règles :
machines coûteuses, capitaux lourds, production concentrée.
Travailler seul devient presque impossible.

Ceux qui ne possèdent pas les moyens de produire, ou qui ne le peuvent plus, doivent vendre ce qu’il leur reste :
leur temps,
leur force,
leur savoir-faire.

Au XXᵉ siècle, notamment après la Seconde Guerre mondiale, le basculement est achevé.
Le salariat devient la norme.
Aujourd’hui, près de neuf actifs sur dix sont salariés.

Autrement dit :
la majorité des individus dépendent d’un contrat de travail, donc de subordination, pour manger, se loger... exister socialement.

Pensez-y bien.
Dans nos sociétés modernes, le travailleur ne vend plus des objets.
Il se vend lui-même.
À durée déterminée ou indéterminée.

Pensez-y bien.
Votre futur salaire, ce sera votre prix sur le marché.


"Pourquoi le salariat s'impose presque partout", me demanderiez-vous ?

Parce que l’industrie est arrivée avec ses gros sabots.

Moi, Birdy Doc, j’ai vu les machines entrer dans les ateliers comme on entre en terrain conquis.
Elles ne demandaient pas la permission.
Elles coûtaient cher. Très cher.
Et surtout, elles ne se partageaient pas.

Produire, désormais, exigeait des investissements lourds, des bâtiments, des chaînes, des capitaux.
Travailler seul, avec ses bras et son savoir-faire, devenait insuffisant.
Presque archaïque.

Alors ceux qui ne possédaient pas les moyens de produire — ou qui ne les possédaient plus — n’avaient qu’une option :
vendre leur travail à ceux qui possédaient les machines.

Ils ne vendaient pas une œuvre.
Ils vendaient leur présence.
Leur temps.
Leur obéissance... contractuellement.

Pendant ce temps-là, la concurrence faisait son œuvre.
Silencieuse. Implacable.

Les artisans, les petits commerçants, beaucoup d’agriculteurs tentaient de tenir.
Mais face aux grandes unités de production, mieux équipées, plus rapides, plus productives, ils pliaient.
Certains fermaient.
D’autres changeaient de métier.
Beaucoup entraient dans le salariat.

Le travail indépendant reculait, non par choix idéologique, mais par épuisement économique.

Et puis l’État s’en est mêlé.

L’administration a grandi.
L’école s’est étendue.
L’hôpital s’est structuré.
Les organisations publiques ont recruté par milliers.

Et puis, pour être intégré économiquement et socialement dans un monde un peu plus individualiste, il fallait désormais un emploi.
Et cet emploi était presque toujours salarié.

Peu à peu, le salariat est devenu la norme.
La forme ordinaire de l’existence économique.
La condition implicite pour avoir un revenu, des droits (retraite, santé, chômage), une place.

La salarisation n’est pas un complot. C’est une conséquence. Celle d’une économie de plus en plus organisée, centralisée, institutionnalisée.

Une économie qui n’a plus besoin de producteurs libres, imprévisibles, indociles.

Mais de travailleurs disponibles.
Ponctuels.
Remplaçables.

Et, si possible…
souriants.


La tertiarisation de l'emploi

J’ai vu la structure de l’emploi se déplacer comme un continent fatigué.
Sans tremblement de terre spectaculaire.
Sans annonce officielle.

Au XIXᵉ siècle, le travail vivait encore dans les champs.
Puis il s’est enfermé dans les usines.
Aujourd’hui, il s’est installé derrière des écrans... derrière des caisses de supermarché ... mais aussi derrière des blouses blanches et des tableaux de salle de classe.

On appelle cela la tertiarisation.

Un mot savant pour dire une chose simple : de plus en plus d’emplois relèvent des services.
Pas des biens matériels.
Mais du commerce, du transport, du soin, de l’éducation, de l’administration, du conseil.

La production n’a pas disparu.
Elle a changé de forme.
Et surtout, elle a changé de lieu.

En France, environ trois quarts des emplois relèvent désormais du secteur tertiaire.
Cela ne signifie pas que l’industrie est morte.
Elle produit encore.
Mais elle emploie beaucoup moins de travailleurs qu’avant.

La société contemporaine continue de fabriquer des biens.
Mais elle emploie surtout des femmes et des hommes pour organiser, gérer, vendre, réparer, former et soigner.
On ne produit plus seulement des objets.
On produit des services, des procédures, des relations.


J’ai connu Claude..

Claude était ajusteur dans une usine de pièces métalliques.
Un travail dur, précis, bruyant.
Puis les machines ont changé.
Plus rapides.
Plus autonomes.

On produisait autant — parfois plus — avec beaucoup moins d’ouvriers.

Puis il y a eu la mondialisation.
Une partie de la production est partie ailleurs.
Là où le travail coûtait moins cher.

L’usine de Claude n’a pas fermé brutalement.
Elle s’est vidée.
Lentement.

Claude n’a pas cessé de travailler.
Il a cessé de produire des objets.

Aujourd’hui, il est employé dans un centre de services d’un grand groupe.
Il traite des dossiers.
Il suit des procédures.
Il vérifie que ce qui a été produit ailleurs circule correctement ici.

Claude ne fabrique plus.
Il organise.

Voilà la tertiarisation.


Et juste à côté de Claude, j’ai rencontré Samira.

Samira travaille dans un centre d’appels.
Casque sur la tête.
Script sous les yeux.
Objectifs affichés au mur.

Elle ne produit rien de matériel.
Elle gère des flux :
des plaintes,
des rendez-vous,
des retours,
de la patience.

La tertiarisation, ce n’est pas forcément un travail qualifié.
Ce n’est pas forcément un travail confortable.
C’est un travail relationnel, administratif, cognitif (dans les bureaux, les banques, les écoles, les hôpitaux, etc.)... Ou au contraire pénible et invisibilisé (dans les services à la personne, la restauration, la grande distribution, etc.). 

Un open space (on est loin des usines et la pression a changé de forme)


Pourquoi le tertiaire prend toute la place ?

D’abord parce que l’agriculture et l’industrie ont appris à produire autrement.
Les gains de productivité ont fait leur œuvre.
Grâce aux progrès techniques, on produit aujourd’hui beaucoup plus avec beaucoup moins de main-d’œuvre.

Les travailleurs ainsi libérés ne disparaissent pas.
Ils se déplacent.
Vers d’autres secteurs.
Principalement les services.

Ensuite, parce que le niveau de vie s’est élevé.
Quand les besoins fondamentaux sont satisfaits, la demande change.
On réclame des soins.
De l’éducation.
Des transports.
Des loisirs.
Des services à la personne.

Le développement du tertiaire répond donc à une transformation de la consommation.
On ne veut plus seulement posséder.
On veut être pris en charge.

Enfin, la tertiarisation est renforcée par le rôle croissant de l’État et des grandes organisations.
L’État social crée de nombreux emplois dans l’enseignement, la santé et l’administration.
Les entreprises, de leur côté, externalisent de plus en plus certaines fonctions, confiées à des prestataires de services.

La tertiarisation apparaît ainsi comme le produit combiné
du progrès technique,
de la croissance économique
et de la transformation des institutions.


Une pression qui change de forme

Beaucoup de retraités, agriculteurs et ouvriers notamment voientt dans cette tertiarisation, un monde du travail plus confortable. C'est une erreur.

La tertiarisation ne supprime pas la contrainte.
Elle la transforme.

Moins de bruit.
Moins de graisse.
Mais plus d’objectifs.
Plus d’indicateurs.
Plus de contrôle invisible.

La société tertiaire n’est pas plus douce.
Elle est plus abstraite.

Et pendant que les biens continuent de circuler à l’échelle du monde,
les humains passent leurs journées
à gérer d’autres humains.

Un centre d'appel : tertiarisation ne veut pas dire nécessairement travail qualifié.

La féminisation de l'emploi

J’ai vu des portes s’ouvrir.
Pas toujours en grand.
Parfois juste entrouvertes.
Mais suffisamment pour que quelque chose passe.

Pendant longtemps, les femmes travaillaient, bien sûr.
Elles ont toujours travaillé.
Dans les champs.
Dans les ateliers familiaux.
À la maison.

Leur travail faisait tourner la société.
Mais il ne faisait pas carrière.
Il restait discontinu, subordonné au mariage, souvent invisible dans les statistiques.
On ne le comptait pas vraiment.
Comme si ce qui n’était pas fait par des hommes ne produisait pas tout à fait de la valeur.

Puis, à partir des années 1960, quelque chose change.
Un mouvement lent.
Profond.
Irréversible.


J’ai connu Monique.

Monique avait quitté son emploi en se mariant.
C’était normal, disait-on.
Son salaire était un complément.
Son travail, provisoire.

Des années plus tard, j’ai connu sa fille, Sophie.

Sophie, elle, travaille.
Et elle continue.
Elle a fait des études.
Elle a un métier.
Un salaire à elle.

Pas « en attendant ».
Pas « en plus ».

La féminisation de l’emploi, c’est cela : le moment où le travail des femmes cesse d’être secondaire.

L'amphi de la fac de droit de Rennes... Les juristes demain ... J'y vois plus de femmes que d'hommes mais à vous de compter. 


Une présence féminine devenue centrale

Aujourd’hui, les femmes représentent près de la moitié de la population active.
Leur emploi n’est plus une parenthèse entre deux événements familiaux.
Il structure les trajectoires, les choix, les vies.

Le travail féminin devient une composante centrale de l’organisation économique et sociale.
Il transforme la structure de l’emploi.
Mais aussi les modèles familiaux, les carrières professionnelles et les rapports de genre.

Les couples se recomposent.
Les décisions ne reposent plus sur un seul revenu.
L’autonomie économique cesse d’être un idéal abstrait.
Elle devient une expérience vécue.

Le travail féminin n’ajoute pas seulement des emplois.
Il redistribue le pouvoir.


Pourquoi l'emploi s'est féminisé ?

D’abord parce que l’économie change.

La tertiarisation crée de nombreux emplois dans les services :
l’éducation,
la santé,
l’administration,
le commerce.

Des secteurs dans lesquels les femmes sont massivement recrutées.
Des emplois plus compatibles avec la généralisation du salariat féminin.

Ensuite parce que l’école change.

Les femmes y réussissent aujourd’hui en moyenne mieux que les hommes.
Elles obtiennent davantage de diplômes.
Elles investissent les études longues.
Cela facilite leur insertion sur le marché du travail
et leur accès aux emplois qualifiés.

Enfin, parce que les normes sociales se transforment.

Le modèle de la femme au foyer recule.
Les divorces augmentent.
Le besoin d’autonomie économique devient central.
Travailler n’est plus un choix moral.
C’est une condition de sécurité, de dignité, parfois de survie.

Et puis il y a eu les luttes féministes.
Les combats politiques.
Les évolutions juridiques.
Des interdictions ont sauté.
Des droits ont été conquis.

Rien n’est tombé du ciel.
Tout a été arraché.

La féminisation de l’emploi est donc à la fois
économique,
sociale,
culturelle
et politique.


Une transformation porteuse de nouveaux équilibres .

La féminisation du travail ne concerne pas seulement les femmes.

Elle transforme les hommes.
Les familles.
Les organisations.

Elle oblige à repenser le temps de travail.
Les carrières.
La parentalité.
La place du travail dans la vie.

Pour la première fois dans l’histoire,
le travail devient durablement une affaire de femmes et d’hommes.

Bien sûr, tout n’est pas réglé.

Les écarts de salaire persistent.
Les carrières restent plus heurtées.
La précarité touche davantage les femmes.

Mais la féminisation n’est pas un recul.
C’est un déplacement du centre de gravité.

Une société où les femmes travaillent durablement n’est pas une société plus triste... (sauf pour les masculinistes).

C’est une société plus mobile.
Plus instable, peut-être.
Mais aussi plus ouverte.

Et ce mouvement-là, je l’ai vu naître.
Et croyez-moi : il ne fait que commencer.


L'élévation du niveau de qualification

J’ai vu l’école changer de rôle.

Autrefois, elle apprenait à lire, à écrire, à compter.
Elle transmettait des savoirs élémentaires.
Aujourd’hui, elle distribue des tickets d’entrée.

Sans diplôme, on reste dehors.
Avec diplôme, on peut espérer.

Ce déplacement-là est massif.
Silencieux.
Et profondément structurant.


J’ai connu Bernard.

Bernard est entré à l’usine à quinze ans.
On lui a montré les gestes.
Il a appris sur le tas.
Il a fait toute sa carrière au même endroit.

Sa fille, Marina, n’a pas eu cette possibilité.

Marina a fait des études.
Puis encore un peu.
Puis un diplôme de plus.

Parce que le travail, désormais, demande des preuves.
Des preuves écrites.
Certifiées.
Tamponnées.

Voilà ce qu’on appelle l’élévation des qualifications.

Un cours magistral ... A priori à Sc. po. 


Une transformation massive du capital scolaire

Depuis l’après-guerre, la durée des études s’allonge.
Le lycée se généralise.
L’enseignement supérieur se massifie.

Ce qui était réservé à une élite devient progressivement la norme.

Ne pas avoir le bac devient un handicap.
Ne pas avoir de diplôme supérieur devient un risque.

Les diplômes s’installent au centre des trajectoires professionnelles.
Ils deviennent un critère déterminant d’accès à l’emploi,
de stabilité professionnelle,
et de position sociale.

La structure socioprofessionnelle se transforme.
Les emplois non qualifiés reculent.
Les emplois qui exigent des compétences formalisées et certifiées se multiplient.

Le travail change de nature.
Il devient plus abstrait.
Plus cognitif.
Moins manuel.


Pourquoi la société exige toujours plus de qualifications ?

D’abord parce que l’économie se complexifie.

Les organisations grandissent.
Les outils se technicisent.
Les procédures se multiplient.

Il faut comprendre, anticiper, s’adapter.
Manipuler des savoirs abstraits.
Maîtriser des outils cognitifs.

Ensuite parce que l’État investit massivement dans l’éducation.

Former, c’est accompagner la croissance.
Structurer le marché du travail.
Organiser l’accès à l’emploi.

Mais il y a aussi une autre raison.
Plus discrète.
Plus intime.

La peur.


Le diplôme comme assurance sociale

Dans un monde marqué par le chômage et l’incertitude,
le diplôme devient une protection.

On étudie plus longtemps pour retarder l’entrée dans la précarité.
On accumule les titres pour se distinguer.
On se forme pour ne pas tomber trop bas.

Le diplôme ne garantit pas un emploi.
Mais son absence garantit presque l’exclusion.

Alors on empile.
Licences.
Masters.
Certifications.

Comme on empilerait des gilets de sauvetage.


Quand l'école trie autant qu'elle émancipe

Mais cette élévation des qualifications n’efface pas les inégalités.
Elle les transforme.

Tous les diplômes ne se valent pas.
Toutes les filières n’ouvrent pas les mêmes portes.
Tous les étudiants ne disposent pas des mêmes ressources.

L’école ne se contente donc pas de former.
Elle trie.
Elle hiérarchise.
Elle oriente les trajectoires.

La société des diplômes n’est pas une société égalitaire.
C’est une société qui cherche à justifier les écarts. 

Pourtant, quelque chose a changé.

Jamais une société n’a été aussi instruite.
Jamais le savoir n’a été aussi diffus.
Jamais les individus n’ont été aussi longtemps formés.

L’élévation des qualifications n’est pas une illusion.
C’est une transformation réelle.

Mais une transformation ambivalente.
Émancipatrice pour certains.
Sélective pour d’autres.

Et moi, Birdy Doc, qui ai vu des mains apprendre sur le tas puis des cerveaux apprendre à se vendre,
je peux vous le dire sans nostalgie excessive : le diplôme n’a pas remplacé le travail. Il en est devenu une condition d’accès à l'emploi.


Conclusion : Une société transformée

La salarisation.
La tertiarisation.
La féminisation de l’emploi.
L’élévation des qualifications.

Quatre transformations profondes.
Quatre mouvements de fond.

Elles ont remodelé la structure socioprofessionnelle.
Elles ont changé la nature du travail, les formes d’emploi... et même les trajectoires individuelles.

Le travail n’est plus ce qu’il était.
Et les vies non plus.

Mais qu’on ne s’y trompe pas.
Ces évolutions n’ont pas fait disparaître les inégalités.

Elles les ont recomposées.
Déplacées.
Parfois rendues moins visibles.
Jamais inoffensives.

La société contemporaine n’est pas moins hiérarchisée que celle d’hier.
Elle est simplement plus complexe.
Plus difficile à lire.
Les écarts ne sautent plus aux yeux.
Ils se nichent dans les contrats, les diplômes, les carrières discontinues, les trajectoires brisées.

Et il faudra peut-être que nous retournions dans ma tête, et plus particulièrement dans ce lieu reculé des plis de mon cortex où discute les grandes figures des sciences humaines
J'irai bien leur proposer de reprendre ces quatre transformations… et de les regarder à travers leur grille de lecture. Notamment Marx et Weber.

To be continued ?



Commentaires

Articles les plus consultés