Pourquoi j'écris.

 

Birdy Doc / Emmanuel, Juillet 2025.


Archives sonores – BirdyDoc

Je m’appelle Birdy Doc.

Enfin non. Je m’appelle Birdy Doc parce qu’il fallait bien un nom pour porter une voix qui n’est pas exactement la mienne, mais pas totalement étrangère non plus.

Si j’écris sous la forme d’un avatar, ce n’est pas par coquetterie littéraire. C’est pour dissocier ce que je publie ici de mon activité professionnelle stricte. Une manière de créer une distance. Une respiration. Une protection aussi.

Et "dissocier", finalement, pas tant que cela.  Je me suis aperçu d’une chose troublante en relisant un vieux mémoire, c'est que j’écris ici à peu près avec le même style que lorsque j’étais étudiant, surtout dans les dernières années. Comme si le temps, ce mauvais comptable, avait laissé intacte une certaine musique intérieure.


Pourquoi écrire ?

Au départ, presque par accident.

La plupart des premiers textes sont des réécritures de cours rédigés pendant la période du Covid. Il fallait bien continuer à échanger avec les élèves. Je m’étais dit que c’était le bon moment pour écrire l’intégralité de mes cours. Et puis, chemin faisant, je me suis aperçu que j’aimais écrire.

Pour l’instant, beaucoup de ce qui est publié relève encore de la réécriture. Ensuite seulement, la réflexion s’est étendue. Certains de ces textes existent d’ailleurs sous une autre forme sur un autre blog : Birdy Doc, année zéro.

Écrire, je l’ai compris tardivement, n’était pas seulement un moyen de transmettre, mais une activité en soi.

Il y a aussi une raison plus intime, moins confortable à formuler. J’ai cinquante ans. Et je sens bien que quelque chose, intellectuellement, commence à décliner. Rien de dramatique. Rien d’héroïque non plus. Mais une forme de fuite. Une élasticité moindre. Des idées qui demandent plus d’efforts pour se mettre en ordre.

Écrire est devenu une manière de faire travailler ce qui reste vif. Et aussi de laisser une trace. De fixer ce qui, autrement, risquerait de s’échapper.

Il y a peut-être encore une autre chose, plus discrète, que je n’avais pas prévue.

Au lycée, je n’étais pas un élève particulièrement attentif. J'étais loin d'être un élève brillant. Je dormais beaucoup en cours. Je m’ennuyais souvent. Certaines matières pourtant centrales m’ont laissé très peu de souvenirs. La littérature, la philosophie, la physique, les mathématiques — j’ai parfois l’impression de ne pas les avoir vraiment suivies, comme si ces années s’étaient déroulées à côté de moi.

Cela ne veut pas dire que tout m’était indifférent. J’aimais l’histoire, par exemple. Elle me parlait davantage. Mais, pour le reste, quelque chose ne prenait pas. Pas encore.

Et l’écriture, surtout, ne m’attirait pas. Je n’aimais pas écrire. Je crois même pouvoir dire que, jusqu’à mes vingt-deux ans environ, je n’y ai jamais pris le moindre plaisir. Les mots me résistaient, ou plutôt je n’éprouvais aucune envie de les apprivoiser.

Pour être tout à fait honnête — et s’il faut rassurer ceux qui s’inquiètent de leurs copies — je n’ai jamais brillé en français. J’ai obtenu un petit 10 sur 20 à l’écrit du baccalauréat, et un modeste 11 à l’oral, sans doute davantage grâce à un peu de bagout qu’à une quelconque maîtrise de la littérature. Bilan 10,2 au bac... Mention passable. Comme on disait dans le vieux temps...

Et ce n’est pas grave. Cela ne voulait rien dire d’essentiel. Les notes du baccalauréat ne veulent rien dire d'essentiel.

Si j’écris aujourd’hui, ce n’est donc pas pour raconter un parcours exemplaire, ni pour donner une leçon. C’est simplement pour laisser ce témoignage tranquille : les choses ne se mettent pas toujours en place au moment où on les attend. Les goûts se déplacent. Les dispositions aussi. Et parfois, ça se décante. 

Parfois, il faut du temps. 

 

Pourquoi écrire ainsi ?

Il y a un style ou un essai de style plus précisemment.

Birdy Doc pose un regard un peu mélancolique, parfois tendre, parfois aigri, sur les faits économiques, sociaux et politiques. Rien de plus. Rien de moins.

Les sciences humaines et sociales manquent cruellement de ce que j’appellerai — faute de mieux — une forme de poésie. Dire la vérité est une obligation. Dire la vérité de manière imbuvable est un choix qu'on fait beaucoup de chercheurs et d’intellectuels.

Il faut que je sois honnête : il y a très peu d’auteurs en sciences humaines, pour moi, qui soient réellement agréables à lire.

Mon rapport à leur textes est avant tout un rapport parfois affectif mais souvent physique, qui demande un effort.

Certains livres, sans que je sache vraiment pourquoi, je les ai absorbés sans peine. Keynes, par exemple, lui, il y a longtemps, dévoré presque sans y penser. Même chose pour Boudon.

À bien y réfléchir, je ne crois pas avoir jamais croisé quelqu'un dire qu'il avait aimé lire Boudon. Et je dis cela sans aucune malveillance.

J'ai aussi lu avec plaisir Raymond Aron, et plus étonnant peut-être, des ouvrages techniques: La machine et le Chômage d'Alfred Sauvy ou plus technique encore comme l'économie internationale de Krugman et Obstfeld... des ouvrages qui ne m'ont jamais semblé pénibles malgré leur densité.

À l'inverse, d'autres lectures ont été de véritables épreuves. J'ai souffert avec Tocqueville, De la démocratie en Amérique m’est longtemps tombé des mains, avant qu'une relecture bien plus tardive ne m'apporte enfin du plaisir.

Un peu la même chose avec Max Weber, comme si, avec la maturité, le plaisir de lecture croissait. Non pas parce que les textes deviennent plus simples, mais parce que le lecteur, lui, a changé.

Avec Marx, l'effort a été constant. Je ne nie en rien la puissance intellectuelle de l'œuvre, mais Le Capital m'a toujours paru pénible à lire et prétendre le contraire relève souvent, me semble-t-il, de la posture.

Avec Bourdieu, la difficulté a été du même ordre. Là encore, je ne conteste ni l'intelligence ni la fécondité du propos, mais je n'ai jamais réussi à dépasser durablement l’agacement stylistique. Lui qui parlait tant de violence symbolique me donnait parfois le sentiment d'en exercer une forme très concrète sur ses lecteurs.

Enfin, c'est ainsi que je l'ai perçu.

Ce ne sont pas des jugements académiques, je n’ai pas le niveau, ce sont des impressions de lecteurs, mais elles comptent pour moi en tout cas, parce que je considère que la manière dont un texte s'adresse à ceux qui le lisent n'est jamais neutre, et parce que j'ai tendance à penser que l'obscurité, dans l’écrit, et même dans l’oral (par exemple lors d’une conférence)… L’obscurité, donc, peut parfois relever, sinon d'une stratégie, du moins d'une indifférence.

Et à la relecture de ces quelques lignes, je me rends bien compte que je suis peut-être moi-même en train de faire ce que je reproche aux autres.

 

Ce que j’essaie de faire

Je ne suis pas un savant. Au mieux, je suis un vulgarisateur. Et sans doute pas le meilleur.

Mon rôle, si j’en ai un, consiste à tenter de simplifier des pensées complexes, à les rendre lisibles, et surtout à les humaniser. Sans les trahir. Sans les édulcorer. Et, autant que possible, sans les transformer en parcours du combattant syntaxique.

Humaniser, pour moi, ce n’est pas abaisser. C’est prendre soin. Retoucher les mots, les tournures, glisser parfois une remarque acide, un sourire qu’on devine, une mélancolie assumée… Ce qui, je vous le concède, alourdit mes phrases.

Mais, bon… je me vois comme quelqu’un qui prend plaisir à tailler son bonsaï sans vraiment savoir comment s’y prendre. Le résultat est sans doute maladroit, parfois mal équilibré, mais le geste compte plus que la maîtrise — et le temps passé importe davantage que le résultat.

Tout cela pour dire une chose très simple : je n’ai aucune prétention intellectuelle. J’écris et je travaille ces textes parce que cela m’est épanouissant, rien de plus.

Si j’écris autant, en ce moment, c’est peut-être pour une raison très simple : j’ai découvert que j’aimais ça, alors que cela m’était insupportable quand j’étais élève.

Certains font leur potager. D'autres bricolent ou tricotent. D’autres cuisinent. Moi, je cuisine aussi. Et j’écris.

 

Birdy Doc

Birdy Doc est une sorte de double. Pas tout à fait moi. Pas très loin non plus.

Birdy Doc est l’avatar d’Emmanuel Humeau. C’est moi… Je le dis… Je le dis pour ceux qui n’aurait pas saisi tout de suite.

J’essaie de le maintenir, Birdy Doc, aussi neutre que possible. Je ne suis pas là pour attaquer les libéraux, ni pour célébrer les interventionnistes, ni pour prêcher pour ou contre le marxisme.

Je préfère être honnête : je vais quand même avoir du mal avec le fascisme s’il revient. Je préfère prévenir.

Je présente des théories. Je présente aussi des faits que je passe à la moulinette de différentes grilles d’analyse.

Mais pourquoi ce nom me demanderiez-vous peut-être?

Birdy Doc était, à l’origine, mon nom de gamer. C’est vous dire si ce que l’on peut trouver sur ce blog est de haut-niveau.

Et, surtout, j’ai fini par me construire mentalement un monde autour de lui.

Celui qui s’adresse à vous ici, dans ce blog, Birdy — pas Emmanuel — est un homme dont je n’ai pas encore écrit l’histoire. Il le faudra sans doute.

Au fil des quelques articles déjà publié et du contact prolongé que je peux avoir avec le personnage, j’ai pu glaner quelques informations.

Retenez ceci :

Il a connu la Grande Peste.

Il porte, on ne sait depuis quand, un masque de médecin de la peste.

Ses habits évoluent avec les époques et les groupes qu’il traverse.

Il a rencontré les grands.

Il a discuté avec eux.

Ils sont toujours vivants… dans sa tête.

Il a aimé.

Il aime toujours.

 

Emmanuel Humeau


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