Le marché unique : la grande promesse de la croissance européenne

 [J'avais rédigé cet article peu de temps après la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne et, mine de rien, cela commence à dater]


Parler des promesses du marché unique européen après le Brexit a quelque chose d’un peu ironique. Le Royaume-Uni est sorti politiquement de l’Union européenne le 31 janvier 2020, puis du marché unique et de l’union douanière le 31 décembre 2020. Autrement dit, au moment même où l’on peut mesurer les avantages de ce grand espace économique, l’un de ses membres les plus importants a choisi d’en sortir.

Au fond, l’idée du marché unique n’est pas très mystérieuse. Elle prolonge une idée plus ancienne, défendue par des économistes comme Adam Smith et David Ricardo : quand les échanges sont plus libres, les pays peuvent mieux se spécialiser, utiliser plus efficacement leurs ressources et produire davantage de richesses.

Le marché unique européen reprend cette logique, mais il va plus loin que le simple libre-échange. Il ne s’agit pas seulement de baisser les droits de douane. Il s’agit aussi de réduire les obstacles réglementaires, techniques et juridiques qui compliquent les échanges entre pays européens.

En théorie, le marché unique peut favoriser la croissance par trois grands mécanismes.


D’abord, il réduit les obstacles aux échanges.

Quand les barrières diminuent, les entreprises achètent plus facilement des composants, des matières premières ou des biens intermédiaires dans d’autres pays européens. Cela peut faire baisser leurs coûts de production.

À cela s’ajoute un autre avantage : l’existence de règles communes, de normes harmonisées dans de nombreux secteurs et du principe de reconnaissance mutuelle. En clair, un produit autorisé dans un pays peut plus facilement être vendu dans un autre. Cela évite des blocages inutiles, des contrôles répétés et des coûts supplémentaires.

Résultat : le commerce devient plus simple et moins coûteux. Les entreprises peuvent alors baisser leurs prix, produire davantage, améliorer leurs marges ou investir plus, par exemple dans la recherche et le développement.


Ensuite, le marché unique permet des économies d’échelle.

Une entreprise ne vend plus seulement dans son pays. Elle peut vendre sur un marché beaucoup plus vaste, à l’échelle européenne.

Or, quand une entreprise produit en plus grande quantité, elle peut souvent répartir ses coûts fixes sur davantage de produits. Le coût de production par unité baisse alors. C’est ce qu’on appelle les économies d’échelle.

Cette baisse des coûts peut rendre l’entreprise plus compétitive. Elle peut vendre moins cher, gagner des parts de marché, ou dégager des moyens supplémentaires pour investir, se moderniser ou innover.

Le marché unique ne permet donc pas seulement de vendre plus. Il peut aussi transformer la manière de produire.


Enfin, il renforce la concurrence.

Sur un marché plus vaste, les entreprises sont davantage en concurrence. Cela peut faire baisser les prix, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les consommateurs.

Mais cette concurrence a aussi un autre effet : elle pousse les entreprises à devenir plus efficaces. Pour résister à leurs concurrentes, elles doivent souvent améliorer leur manière de produire ou proposer de meilleurs produits.

Elles peuvent, par exemple, innover de deux façons :

  • en améliorant leurs procédés de production, pour produire à moindre coût ;
  • en améliorant leurs produits, pour se différencier et attirer plus de clients.

L’idée générale est donc assez claire : le marché unique peut soutenir la croissance en réduisant les coûts, en augmentant la concurrence, en améliorant la productivité et en encourageant l’innovation.

Il faut cependant rester prudent. Rien de tout cela n’est automatique. Le marché unique ne crée pas mécaniquement de la richesse comme on appuie sur un interrupteur. Les effets dépendent aussi de la capacité des entreprises à s’adapter, de la compétitivité des pays, de la qualité des infrastructures, du niveau de formation de la main-d’œuvre et des politiques publiques.

Malgré cela, la plupart des études concluent que le marché unique a eu un effet positif sur l’économie européenne.

La Commission européenne estime qu’il a augmenté le niveau du PIB de l’Union d’environ 3 à 4 % depuis sa création en 1993. Cela reste une moyenne : certains pays en ont davantage profité que d’autres.

De son côté, une étude de la Bertelsmann Stiftung estime qu’en moyenne l’intégration au marché unique représente un gain d’environ 840 euros par habitant et par an. Là encore, les effets varient selon les pays et les régions. La même fondation estimait en 2019 qu’un Brexit dur aurait pu coûter environ 900 euros par habitant et par an au Royaume-Uni.

Il faut évidemment prendre ces chiffres avec sérieux, mais sans naïveté. Ce sont des estimations construites à partir de modèles économiques, pas des vérités tombées du ciel.

Ce qu’il faut retenir, c’est donc ceci : le marché unique ne transforme pas l’Europe en paradis économique. Il ne règle pas tout. Mais il peut ajouter de la richesse, faciliter les échanges et rendre la production plus efficace.

Et quand un pays quitte cet ensemble, la taille du marché se réduit, les échanges se compliquent et certains coûts remontent.

Autrement dit, le marché unique apporte des gains réels, même s’ils ne sont ni parfaitement égaux ni magiques. Et le Brexit a rappelé, de façon très concrète, qu’il est plus facile de sortir d’un grand marché que de retrouver ensuite tous les avantages qu’il procurait.

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