Plus de crédit, plus d’activité… et plus d’inflation ?
On continue dans le dur.
Et pas le dur élégant.
Pas le petit mécanisme qu’on raconte en trois flèches au tableau et qui donne l’impression que tout est limpide.
Non.
Là, on parle de politique monétaire. Vous avez aimé la politique budgétaire ?
Non? Moyen ?
Bah, là c'est la politique monétaire. Pas sûr qu'elle soit plus sexy.
Autrement dit :
comment une banque centrale agit sur l’économie,
sur le crédit,
sur la demande,
sur les prix,
et parfois sur vos nuits de révision — parce que ce sujet a un petit côté sec, il faut bien le reconnaître.
Je sais.
À 17 ans, sauf à être tombé amoureux des taux d’intérêt pendant les vacances, il n’est pas évident de vibrer spontanément devant une réflexion sur la Banque centrale européenne.
Et pourtant, il faut y aller... hein ! Faut y aller !
Parce que derrière ce sujet un peu austère, il y a des questions très concrètes :
est-ce qu’on peut relancer l’activité ? Est-ce qu’on peut soutenir l’emploi ?
Et , est-ce qu’on peut le faire sans laisser les prix partir dans tous les sens ?
Vous savez sans doute que ce sont surtout les banques commerciales qui créent la monnaie (le crédit agricole, la banque bop, la société géniale comme on l'appelle chez moi), notamment quand elles accordent des crédits.
Mais elles ne font pas ça dans le vide.
Au-dessus d’elles, il y a la banque centrale.
La banque des banques, si vous voulez.
Elle ne distribue pas directement des billets à tout le monde en disant : « Allez, aujourd’hui, c’est ma tournée. »
Ce n’est pas tout à fait comme ça que ça marche.
En revanche, elle peut influencer très fortement la quantité de monnaie et de crédit en circulation, d’abord en jouant sur ses taux directeurs (les taux des taux), et plus largement sur les conditions de financement dans l’économie. Dans la zone euro, c’est le rôle de la BCE. Son objectif principal, c’est la stabilité des prix, avec une inflation de 2 % à moyen terme.
C'est compliqué ?
Alors raisonnons simplement et simplifions... Faisons des raccourcis.
Quand la banque centrale baisse ses taux directeurs, emprunter coûte moins cher.
Les banques se financent plus facilement.
Les crédits peuvent augmenter.
Les ménages empruntent davantage pour consommer ou acheter un logement.
Les entreprises empruntent davantage pour investir.
Bref, l’économie peut repartir.
À l’inverse, quand la banque centrale augmente ses taux, le crédit devient plus coûteux.
On emprunte moins.
La demande ralentit. C'est bof mais la pression haussière sur les prix (l'inflation) peut diminuer.
Donc, pour simplifier, on peut dire ceci :
baisser les taux, c’est plutôt stimuler l’activité mais aussi l'inflation ; monter les taux, c’est plutôt freiner l’économie mais aussi l'inflation.
Ce n’est pas magique.
Ce n’est pas instantané non plus. Ca ne fonctionne pas à 100%.
Mais c’est bien l’idée générale.
Autre point essentiel : dans les grandes économies développées, les banques centrales sont indépendantes.
Elles ne sont pas censées recevoir d’ordres du gouvernement.
Pourquoi cette indépendance ?
Parce que la tentation serait grande, pour un pouvoir politique, de vouloir une monnaie très abondante, du crédit facile, de l’activité tout de suite, et des électeurs contents juste avant les prochaines échéances.
Le problème, c’est que faire tourner la machine monétaire trop fort peut finir par dérégler l’économie.
Prenons un exemple très simple.
Le kebab est à 5 euros.
Imaginons que le lycée vous donne 10 euros par semaine, à vous et à tous vos camarades, juste pour récompenser votre assiduité.
Sur le moment, vous vous sentez plus riche.
Franchement, qui refuserait ?
Sauf que le vendeur de kebabs, lui, voit bien que tout le monde a plus d’argent.
Et il voit aussi qu’il ne peut pas forcément produire deux fois plus de kebabs du jour au lendemain.
Donc il augmente ses prix.
Le kebab passe à 6 euros.
Puis à 7.
Puis davantage.
Au bout d’un moment, vous avez plus de billets…
mais pas forcément plus de pouvoir d’achat.
Et là, on comprend une chose essentielle :
avoir plus d’argent en valeur nominale, ce n’est pas forcément être plus riche en valeur réelle.
C’est toute la différence entre l’apparence…
et le vrai pouvoir d’achat.
Si on pousse le mécanisme trop loin, les choses deviennent franchement laides.
Les prix montent très vite.
Les entreprises augmentent leurs tarifs parce que leurs coûts montent aussi.
Les salariés demandent des hausses de salaire pour compenser.
Et si tout le monde essaie de se protéger en augmentant prix, salaires ou aides, l’inflation peut s’auto-entretenir. Et même devenir difficilement contrôllable.
Quand elle devient extrême, on parle d’hyperinflation.
Et là, il faut corriger une idée souvent répétée : l’exemple classique de l’Allemagne des années 20. Un traumatisme monétaire qui a pesé lourd dans la mémoire collective allemande, même si ce n’est pas lui seul qui explique l’arrivée d’Hitler au pouvoir.
Tout cela pour vous dire deux choses:
D’abord, une politique monétaire plus souple peut soutenir la demande.
Des taux plus bas favorisent le crédit.
Et si le crédit augmente, la consommation et l’investissement peuvent repartir.
Donc, dans certaines situations, la politique monétaire peut soutenir la croissance et l’emploi.
Mais ensuite, deuxième idée — et c’est là que ça se complique, évidemment — cette même politique peut aussi nourrir l’inflation si la demande augmente trop vite par rapport à l’offre.
Et c’est bien tout le problème.
Relancer, c’est utile.
Trop relancer, c’est risqué.
Vous pourriez dire :
« Très bien, mais alors pourquoi ne pas faire l’inverse ? Pourquoi ne pas faire baisser les prix ? »
Très bonne question.
Le problème, c’est que la déflation, la baisse des prix, n’est pas une bonne nouvelle.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, une baisse générale et durable des prix peut être très dangereuse.
Pourquoi, me demanderiez-vous encore ?
Parce que si les prix baissent, les ménages peuvent se dire :
« Autant attendre un peu. Demain ce sera moins cher. »
Donc ils reportent leurs achats.
Les entreprises, elles, vendent moins.
Leurs recettes baissent.
Elles investissent moins.
Parfois elles licencient.
Le chômage monte.
La demande baisse encore.
Les prix continuent de reculer.
Et vous obtenez ce qu’on appelle une spirale déflationniste.
Une mécanique franchement sinistre.
Après la crise financière de 2008,la crise des subprimes, ce risque de déflation a justement beaucoup inquiété les banques centrales.
Dans la zone euro, la BCE a baissé fortement ses taux et a ensuite utilisé d’autres instruments, justement parce que le danger n’était pas seulement la récession, mais aussi une inflation trop faible, voire une dynamique déflationniste.
Alors concluons. Au fond, la politique monétaire a un équilibre assez délicat à tenir.
Si elle assouplit trop les conditions de crédit, elle peut soutenir la demande, la production, l’emploi…
mais aussi faire repartir l’inflation.
Si elle durcit trop les conditions de crédit, elle peut calmer l’inflation…
mais freiner l’activité, l’investissement, et parfois l’emploi.
Autrement dit :
soutenir la demande et stabiliser les prix, ce n’est pas toujours parfaitement compatible.
Et c’est bien pour ça que le sujet est intéressant malgré la fatigue que vous avez après lecture de cet texte (ou écoute de ce monologue).
Et oui, j’ai dit intéressant.
Je prends des risques.
Je vais même ajouter une dernière chose... Pour que vous puissiez me maudire avec bonne conscience.
Dans une économie ouverte, la politique monétaire agit aussi par le taux de change.
Des taux d’intérêt plus bas peuvent rendre une monnaie moins attractive, donc contribuer à sa baisse.
Et si la monnaie baisse, les exportations peuvent devenir plus compétitives.
Dit plus simplement :
les produits du pays peuvent devenir moins chers pour les acheteurs étrangers.
Mais l’effet inverse existe aussi.
Les importations coûtent alors plus cher.
Donc cela peut alimenter une inflation importée... Qui vient s'ajouter aux tensions inflationnistes initiales.
Voilà !!!
Bienvenue dans la vraie vie économique.
Rien n’est simple.
Et il est là, le plaisir d'en parler.



Commentaires
Enregistrer un commentaire