Dépenser pour sauver l’économie : bonne idée… vraiment ?

Seb... qui a eu bien du mal à faire passer son budget.


Je vous préviens : là, on rentre dans le dur.

Et pas le dur sympathique.
Pas le petit graphique qui monte ou qui descend et qu’on commente d’un air inspiré.

Non.
Là, on arrive sur un sujet avec une vraie question derrière :
quand l’État dépense plus, est-ce qu’il relance vraiment l’économie ?
Ou est-ce qu’il règle un problème… en en préparant un autre ?

Je sais.
À 17 ans, sauf à être un masochiste de l’économie — ça existe parfois, il faut rester ouvert — il est difficile de prendre son pied avec une réflexion sur les variations de la dépense publique et leur impact sur le PIB ou l’emploi.

Et pourtant, il faut le faire.
Parce que derrière ce sujet un peu ingrat, il y a des questions très concrètes :
est-ce qu’on relance l’activité ?
est-ce qu’on limite le chômage ?
et est-ce qu’on évite qu’une crise économique devienne une crise sociale ?

Quand l’économie ralentit fortement, ou entre en récession, l’État peut choisir de mener une politique budgétaire de relance.

Dit simplement, cela veut dire qu’il utilise son budget pour soutenir la demande.
Il peut verser davantage d’argent aux ménages, baisser certains impôts, augmenter certaines prestations.
Il peut aussi passer plus de commandes aux entreprises, investir, embaucher, financer des travaux.

L’idée est assez simple.
Quand les ménages consomment moins et que les entreprises investissent moins, la demande baisse.
Et quand la demande baisse, la production ralentit.
Puis l’emploi souffre.
L’État intervient donc pour remettre un peu de carburant dans la machine.

Le but, au fond, est clair :
soutenir le PIB, soutenir l’emploi, éviter que le ralentissement ne se transforme en naufrage.

On cite souvent Roosevelt pour illustrer cette logique de relance. Le New Deal... La politique des grands travaux.
Et, si on le dit à voix basse et avec beaucoup de précaution, on peut dire que, pour Hitler, c’est un peu la même chose sur le plan du mécanisme économique : fortes dépenses publiques, grands travaux, puis réarmement.
Évidemment, les finalités politiques, elles, n'étaient pas les mêmes.

Faudrait quand même pas que je me retrouve avec un élève vantant les effets positifs de la politique économique d'Hitler... 

Vous me direz cela ferez un très beau sujet d'émission pour une célèbre chaine d'information d'extrême droite du paysage audiovisuel français. 

Pouf pouf...

Revenons à la politique de dépenses publiques.

L’État dépense plus.
Cette dépense devient un revenu pour quelqu’un.
Ce revenu est ensuite dépensé, consommé, investi, réinjecté dans l’économie.
Bref, la relance peut produire un effet d’entraînement.

C’est ce qu’on appelle souvent le multiplicateur budgétaire.
Grande expression.
Effet assez simple.

Une dépense publique initiale peut produire une hausse plus large de l’activité.
En période de crise, cet effet peut même être plus fort, justement parce que le secteur privé est à l’arrêt ou presque.

Évidemment, il y a un détail.
Un petit détail à plusieurs milliards d’euros.

L’État ne dispose pas toujours de l’argent nécessaire pour financer cette relance.
Donc il dépense plus qu’il ne reçoit.
Autrement dit, il creuse son déficit.

Le solde budgétaire, c’est la différence entre les recettes et les dépenses de l’État.
Si les dépenses sont supérieures aux recettes, il y a déficit budgétaire.
Et quand le déficit s’accumule, la dette augmente.

Et c’est là que les choses se compliquent.

Parce qu’une relance budgétaire peut avoir des effets positifs.
Mais elle peut aussi produire des effets contradictoires.

Des effets d’éviction... Des mécanismes par lesquels une hausse des dépenses publiques peut freiner certaines dépenses privées.

L’idée générale est la suivante :
en augmentant ses dépenses et en s’endettant davantage, l’État peut finir par freiner certaines dépenses privées à un point tel qu'au mieux cela freine l'effet de relance initial, au pire cela le surcompense. 
Il relance d’un côté…
et il gêne de l’autre.

Premier mécanisme : l'éviction par les impôts.

Si l’État accumule les déficits, les agents économiques peuvent se dire qu’il faudra bien, un jour, payer la facture.
Pas ce soir.
Pas forcément demain matin.
Mais un jour.

Et si les ménages ou les entreprises anticipent une hausse future des impôts, ils peuvent décider de moins consommer, ou de moins investir... mais dès maintenant.
Autrement dit, une partie de l’effet de relance peut être freinée par la prudence.
Ce n’est pas absurde.
C’est même très humain.
Quand on pense qu’une addition arrive, on évite parfois le dessert.

Deuxième mécanisme : l'éviction par les taux d’intérêt.

Vous avez peut-être vu l’idée du marché des fonds prêtables. Le marché où l'on s'échange de l'argent. Il y a ceux qui en ont trop et qui le prêtent ... Qui le prêtent, pas qui le donne ... à ceux qui n'en ont pas assez. 

Qui le prête avec un prix de prêt comme on loue une voiture. On loue de l'argent que l'on rend à la fin du voyage. Et le prix de la location, ce sont les intérêt. 

Je sais, dit comme ça, on sent déjà la joie monter dans la salle... Mais le principe est simple.

Si l’État emprunte massivement, il augmente la demande de financement.
Et cela peut pousser les taux d’intérêt à la hausse.
Or si les taux montent, emprunter devient plus coûteux.

Du coup, les ménages peuvent moins emprunter pour acheter un logement ou une voiture.
Et les entreprises peuvent repousser un investissement, un achat de machines, un projet de développement.

Résultat : la dépense privée ralentit ou diminue. 
Et l’effet de relance attendu est, au moins en partie, contrarié.


Toute la question est donc là.

Est-ce que l’effet de relance l’emporte sur les effets d’éviction ?

Et la réponse, qui est agaçante mais honnête, c’est :
ça dépend.

Ça dépend du contexte.
Ça dépend du niveau des taux d’intérêt.
Ça dépend de l’état de l’économie.
Ça dépend aussi de la réaction des ménages, des entreprises, et de la banque centrale... On en reparlera de la banque centrale.

En période de crise grave, quand la demande privée est déprimée et que les taux sont bas, la relance budgétaire a plus de chances d’être efficace.
En période plus normale, ou si les finances publiques sont déjà très dégradées, ses effets peuvent être plus limités.

Il faut donc garder en tête une chose essentielle :
les politiques de relance sont avant tout des politiques conjoncturelles.

Elles ne servent pas à régler tous les problèmes structurels d’un pays.
Elles servent à répondre à une urgence.
À amortir une chute.
À empêcher qu’une hausse du chômage ne devienne une catastrophe sociale.

On peut d’ailleurs ajouter qu’à l’inverse, l’État peut aussi choisir une politique budgétaire restrictive, qu’on appelle souvent politique d’austérité.
Là, cette fois, il dépense moins, ou il augmente les impôts, pour réduire le déficit public.
Elle peut elle aussi être conjoncturelle, cette politique d'austérité, si elle vise à agir rapidement sur la situation économique en surchauffe. La demande augmente trop. Ca arrive.
Simplement, au lieu de relancer la demande, elle la freine.

Et puis il y a un dernier point.

Relancer la demande, en période de ralentissement ou de récession, ce n’est jamais totalement neutre sur les prix.

Si la demande augmente plus vite que l’offre, on peut voir réapparaître de l’inflation.
C’est exactement le genre de tension qu’on a revu après la crise sanitaire... Cele de la COVID : la reprise de l’activité s’est accompagnée de fortes hausses de prix, notamment sur l’énergie, puis plus largement sur d’autres postes.

Autre problème: si une partie de la demande supplémentaire issu de l'effort en dépenses publiques se porte sur des produits importés, on peut aussi dégrader le solde commercial.
Autrement dit, on relance l’activité… mais une partie de l’effet profite à l’étranger.
La France du début des années 1980 est souvent citée comme exemple.

Donc, au fond, le vrai sujet n’est pas de savoir si la dépense publique est bonne ou mauvaise en soi.

La vraie question, c’est :
à quel moment ?
dans quelle situation ?
et avec quels effets secondaires ?

Je vous l’accorde, ce n’est pas le sujet le plus spontanément euphorisant de l’année.
Mais il est utile.
Parce qu’il oblige à penser l’économie comme elle est vraiment :
pas comme un mécanisme simple,
mais comme un ensemble de choix… avec des coûts, des bénéfices, et parfois de très mauvaises surprises.
L'économie, c'est la science des choix.

Commentaires

Articles les plus consultés