Comment se déplace-t-on dans l’espace social ?
1.1
La mobilité sociale, c’est le changement de position sociale d’un individu ou d’un groupe dans l’espace social.
Autrement dit, c’est le fait de changer de “place” dans la société.
Place qui donne accès — ou non — à certains avantages : revenus, prestige, niveau de diplôme, stabilité de l’emploi, conditions de vie, réseaux sociaux, pouvoir…
Oui, la société ressemble parfois à un immense jeu de société. Avec quelques joueurs qui commencent la partie avec beaucoup plus de cartes que les autres. Curieux hasard.
Mais attention : il n’existe pas une mobilité sociale.
Il existe plusieurs façons de se déplacer dans l’espace social.
Et c’est important de les distinguer, sinon on finit par mélanger changement de métier, déménagement à Bordeaux et révolution existentielle après un stage de yoga dans le Vercors.
La mobilité sociale intergénérationnelle
La mobilité sociale la plus étudiée — notamment par l’INSEE et dans le programme de terminale — est la mobilité sociale intergénérationnelle.
Le principe est simple :
on compare la position sociale des enfants à celle de leurs parents.
Autrement dit, la grande question est la suivante :
les enfants occupent-ils la même position sociale que leurs parents… ou une autre ?
Pour répondre à cette question, les sociologues utilisent souvent les PCS, c’est-à-dire les professions et catégories socioprofessionnelles.
Pourquoi les PCS plutôt que les classes sociales ?
D’abord parce que les PCS sont un outil statistique officiel. L’INSEE les utilise dans ses enquêtes et dans le recensement pour classer les individus selon leur profession, leur statut, leur qualification ou encore le type d’employeur.
Ensuite, parce que les PCS sont plus faciles à mesurer que les classes sociales.
Dire qu’une personne est ouvrière, employée, cadre ou profession intermédiaire, c’est relativement objectivable. On peut le repérer dans une enquête statistique.
Dire qu’une personne appartient à une “classe sociale”, c’est plus compliqué.
Chez Marx, la classe sociale dépend de la place dans les rapports de production.
Chez Weber, elle dépend aussi du prestige et du pouvoir.
Chez Bourdieu, il faut ajouter le capital culturel, le capital social ou encore le capital symbolique.
Bref.
Concept passionnant.
Mais un peu compliqué quand il faut construire des tableaux statistiques avec des lignes, des colonnes et des pourcentages.
Les PCS servent donc de compromis.
Elles ne disent pas tout de la position sociale des individus, mais elles permettent de comparer les trajectoires sociales avec un langage statistique commun.
C’est pour cela que les tables de mobilité croisent généralement la PCS des parents avec celle des enfants.
Et en ce qui vous concerne, on pourrait donc regarder — dans quelques années — ce que vous serez devenus par rapport à la position sociale de vos parents.
Plusieurs situations sont alors possibles.
C’est le cas où un individu “monte” dans la hiérarchie sociale.
Par exemple, un enfant de technicien — classé dans les professions intermédiaires — qui devient ingénieur, donc cadre.
Dans ce cas, il y a ascension sociale.
C’est souvent cette image-là qu’on associe spontanément à la mobilité sociale :
“partir de bas et monter”.
Le fameux récit républicain.
L’école, le mérite, le travail… et théoriquement, l’ascenseur social fonctionne.
Enfin… théoriquement.
Ici, au contraire, l’individu descend dans la hiérarchie sociale.
On parle aussi de déclassement.
Par exemple, un enfant de cadre qui devient employé ou ouvrier.
Sujet sensible, d’ailleurs.
Parce qu’une société accepte souvent plus facilement les inégalités quand elle croit possible la mobilité ascendante.
Mais quand les catégories favorisées commencent elles-mêmes à craindre le déclassement… l’ambiance sociale devient un peu plus tendue.
Et là, soudainement, tout le monde découvre les statistiques de mobilité sociale. Étrange coïncidence.
Cette fois, l’individu change de catégorie sociale… sans véritable montée ni descente dans la hiérarchie.
Par exemple, passer de la catégorie “ouvrier” à la catégorie “employé”.
Le métier change, mais le niveau dans la hiérarchie sociale reste relativement proche.
Enfin, il y a la situation statistiquement très fréquente :
la reproduction sociale.
Les enfants occupent alors une position sociale proche de celle de leurs parents.
Un fils d’ouvrier devient ouvrier.
Une fille de cadre devient cadre.
Et c’est précisément cette reproduction sociale qui intéresse énormément les sociologues comme Bourdieu.
Parce qu’elle montre que les inégalités ne disparaissent pas automatiquement d’une génération à l’autre.
La société moderne permet la mobilité sociale.
Mais elle reproduit aussi très largement les positions sociales.
Et toute la question est là.
La mobilité professionnelle
Il existe aussi une autre forme de mobilité : la mobilité intragénérationnelle, qu’on appelle souvent mobilité professionnelle.
Cette fois, on ne compare plus les enfants à leurs parents.
On observe les changements de position sociale au cours de la vie d’un même individu.
Autrement dit :
peut-on changer de position sociale pendant sa propre carrière ?
Évidemment, oui.
Le père de votre professeur, par exemple, a commencé ouvrier, est devenu artisan puis ingénieur dans le bâtiment.
Mais aujourd’hui, les trajectoires sont parfois moins linéaires.
On observe aussi des cadres qui quittent des emplois très rémunérateurs pour des activités jugées moins prestigieuses mais considérées comme plus “porteuses de sens”.
Le cadre parisien qui ouvre une boulangerie bio dans le Lot.
Figure devenue presque sociologique à elle seule.
Derrière ces trajectoires, il y a des questions importantes :
le rapport au travail, la recherche de sens, l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle ou encore le phénomène de “Grande Démission”.
Cette mobilité professionnelle sera peu étudiée dans ce chapitre.
Mais pour vous, concrètement, elle sera essentielle.
Parce qu’à 18 ans, on imagine souvent choisir “un métier pour la vie”.
Puis le marché du travail arrive.
Et lui n’a manifestement pas lu vos plans de carrière.
La mobilité géographique
Enfin, il existe la mobilité géographique.
Elle désigne le changement de lieu de résidence :
changer de ville, de région, de pays… voire simplement de quartier.
Là encore, cette mobilité ne sera pas au centre du chapitre, mais elle est fondamentale.
Parce qu’elle est souvent liée à la mobilité sociale.
Déménager peut permettre d’accéder à davantage d’opportunités scolaires ou professionnelles.
À l’inverse, rester dans un territoire peu dynamique économiquement peut limiter certaines possibilités.
Les sociologues montrent d’ailleurs que les attaches familiales ou amicales peuvent freiner la mobilité géographique.
Refuser de partir loin de ses proches peut conduire à refuser une promotion, un emploi ou certaines études.
Et ce choix est parfaitement rationnel.
La vie sociale compte aussi. Heureusement.
La mobilité géographique peut également être perçue comme une forme de mobilité sociale.
Par exemple, quitter une zone rurale pour une grande métropole peut donner accès à davantage de services, d’emplois qualifiés ou de formations.
Et puis il y a aussi la dimension symbolique.
Pour certains, partir étudier à Paris, Lyon ou Bordeaux représente une forme d’ascension sociale.
Alors que rester dans sa ville d’origine peut être vécu — à tort ou à raison — comme une forme d’immobilité.
Ce qui montre une chose importante :
la mobilité sociale n’est pas seulement une affaire de statistiques.
C’est aussi une question de représentations, de trajectoires vécues et de regard porté sur sa propre place dans la société.
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