Sur quoi repose la production ?
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| Un menuisier. Cliquez sur l'image pour avoir la fiche métier sur le site de l'Etudiant. Vous avez trop tendance à oublier les métiers de l'artisanat |
Imaginez un
menuisier dans son atelier.
Un petit
atelier.
Pas une
usine, pas une multinationale. Pas de conseil d’administration, pas de
PowerPoint avec des flèches bleues et des mots anglais pour faire sérieux.
Un
menuisier.
Un artisan.
Il veut
produire une table.
Une vraie
table. Avec du bois, des pieds, un plateau, des vis, peut-être un peu de colle,
et pas trop de jurons pour peu que, à la différence de votre serviteur, il ait
été bien élevé.
Pour
produire cette table, il va avoir besoin de plusieurs choses.
Et c’est là
que l’économie commence.
Avec des
échardes et des coups sur les doigts.
Les consommations intermédiaires ou capital circulant
D’abord, le
menuisier utilise des matériaux : du bois, des clous, des vis, de la colle, du
vernis. Dans le langage courant, on appelle ça des matériaux, des composants,
des fournitures.
C’est clair.
Mais en
économie, on aime bien prendre des mots simples et les remplacer par des mots
plus impressionnants. C’est une tradition. Une sorte de bizutage intellectuel.
Ces
matériaux, on les appelle des consommations intermédiaires.
Pourquoi ?
Parce qu’ils
sont consommés pendant la production.
Le bois
n’est plus tout à fait du bois une fois que la table est terminée. Il a été
transformé. Les vis, elles, restent discrètement dans la table. La colle a
séché. Le vernis aussi.
Bref, ces
éléments entrent dans la production et disparaissent, ou plutôt changent de
forme, dans le produit final.
Le bois sert
à produire la table.
La colle
sert à produire la table.
Les vis
servent à produire la table.
Les clous,
les chevilles, les tourillons, les équerres métalliques, les inserts filetés,
les patins qu’on met sous les pieds pour éviter de massacrer le parquet du
client — parce que le parquet du client est parfois plus fragile que son sens
esthétique — servent aussi à produire la table.
Le vernis
sert à produire la table.
L’huile, la
cire, la teinte, le fond dur, le papier de verre, les abrasifs, le ruban de
masquage, les solvants, les produits de nettoyage, l’eau utilisée pour nettoyer
ou diluer, l’électricité consommée pendant la production, les cartons, les
protections, le film d’emballage, les sangles, l’étiquette, et même le
carburant utilisé pour aller chercher les planches ou livrer la table, tout
cela peut entrer, d’une manière ou d’une autre, dans les consommations
intermédiaires.
Voilà.
Là, normalement,
vous avez le droit de reprendre votre souffle.
C’était une
énumération.
Une longue
énumération.
Presque une
punition.
Mais elle
permet de comprendre une chose simple : les consommations intermédiaires, ce ne
sont pas seulement “trois vis et deux bouts de bois”. Ce sont tous les biens et
services consommés, transformés, détruits ou incorporés pendant la production.
Et qu’il
faudra bien racheter pour produire la table suivante.
Les
consommations intermédiaires, donc.
Importantes.
Multiples.
Et pas très
poétiques.
Le terme
manque de poésie. C’est peut-être pourquoi certains économistes lui en
préfèrent un autre : le capital circulant.
C’est plus
beau.
Non, ce
n’est pas vrai. Ce n’est pas plus beau.
Disons que
cela permet d’introduire une notion importante : le capital.
Dans le
langage courant, quand on entend “capital”, on pense souvent à de l’argent, à
un patrimoine, à une grosse somme placée quelque part, ou à des gens très
riches qui ont des problèmes fiscaux que nous n’aurons jamais.
Enfin,
normalement.
Mais en
économie, le capital désigne plus largement une ressource qui a une valeur et
qui sert à produire de la valeur.
Le bois a
une valeur.
Les vis ont
une valeur.
La colle a
une valeur.
Même le
petit patin sous le pied de la table a une valeur. Modeste, certes. Mais il a
une valeur. Et si vous avez déjà rayé un parquet, vous savez qu’un petit patin
peut soudain devenir un acteur majeur de la paix domestique.
On parle
donc de capital parce que ces éléments sont achetés par l’entreprise,
mobilisés dans la production, et utilisés pour créer un bien qui aura lui-même
une valeur.
Mais c’est
un capital circulant.
“Circulant”,
parce que ces éléments entrent dans l’entreprise, sont utilisés pendant la
production, puis ressortent sous une autre forme, intégrés au produit vendu.
Le bois
entre dans l’atelier.
La table
sort de l’atelier.
Entre les
deux, il s’est passé quelque chose.
On appelle
ça produire.
Jusque-là,
ça va.
Le capital
circulant, c’est donc du capital qui ne reste pas durablement dans l’entreprise.
Il est consommé, transformé ou incorporé dans le produit final.
Pour
fabriquer une nouvelle table, il faudra racheter du bois, des vis, de la colle,
du vernis.
Le marteau,
lui, reste.
Alors
parlons-en, du marteau.
Le capital fixe
Du marteau,
mais aussi de la scie, de la perceuse, des serre-joints, de l’établi, de la
ponceuse, du local, du véhicule, du groupe électrogène s’il y en a un, de
l’ordinateur, de l’imprimante, etc.
Dans la vie
courante, on dirait : son matériel.
En économie,
on appelle cela du capital fixe.
Encore un
mot qui peut faire peur, alors qu’il désigne une idée assez simple.
Le capital
fixe, ce sont les biens de production durables. Ils servent à produire, mais
ils ne sont pas détruits immédiatement pendant la production.
La perceuse
ne disparaît pas dans la table.
Enfin,
normalement.
Le marteau
ne devient pas un morceau du meuble. L’établi ne part pas avec le client.
L’atelier ne se transforme pas en plateau de chêne massif.
Ces éléments
restent dans l’entreprise et servent plusieurs fois. Ils s’usent lentement. Ils
accompagnent plusieurs productions successives.
Voilà
pourquoi on parle de capital fixe.
Il ne
circule pas comme le bois ou les vis. Il reste là. Il permet de produire
plusieurs tables, plusieurs chaises, plusieurs armoires, plusieurs objets dont
les noms deviennent rapidement un piège si l’on n’est pas menuisier.
Donc, pour
l’instant, notre menuisier utilise :
du capital
circulant, comme le bois, les vis, la colle ;
du capital
fixe, comme les outils, les machines, l’atelier ;
et il manque
encore quelque chose.
Le travail
Quelqu’un
pour faire le travail.
Parce qu’une
perceuse posée sur un établi, même avec beaucoup de bonne volonté, ne produit
pas spontanément une table.
Le menuisier
va donc utiliser sa force de travail.
Alors dit
comme ça, “utiliser sa force de travail”, c’est un peu étrange. On a
l’impression qu’il va se brancher lui-même sur secteur.
Mais l’idée
est simple : il consacre du temps (le temps de travail), de l’énergie, des gestes, des compétences,
de l’attention, à produire quelque chose.
Il mesure,
il coupe, il assemble, il ponce, il ajuste.
Il
travaille.
En économie,
le travail, c’est l’activité humaine utilisée dans la production.
Ce travail
peut être plus ou moins qualifié. Il peut être manuel, intellectuel, répétitif,
créatif, très technique, très physique, ou un mélange de tout cela.
Dans le cas
du menuisier, il y a évidemment des gestes manuels. Mais il y a aussi du
savoir-faire, de l’expérience, de la précision, de l’organisation.
Bref,
produire une table, ce n’est pas seulement mettre du bois à côté d’un marteau
et attendre que la magie du marché opère.
Les facteurs de production
Pour
produire, il faut donc combiner plusieurs éléments.
En économie,
on appelle ces éléments des facteurs de production.
Le mot
“facteur” vient du latin facere, qui veut dire “faire”.
Un facteur
de production, c’est donc littéralement ce qui permet de faire la production.
En économie,
on distingue généralement deux grands facteurs de production :
le travail,
d’un côté ;
le capital,
de l’autre.
Et ici,
quand on parle du facteur capital, on pense surtout au capital fixe :
les outils, les machines, l’atelier, tout ce qui sert plusieurs fois à
produire.
Les
consommations intermédiaires, ou le capital circulant, sont indispensables,
évidemment. Sans bois, bonne chance pour faire une table.
Mais on les
distingue souvent des facteurs de production au sens strict, parce qu’elles
sont consommées, détruites ou transformées pendant la production.
Le bois
devient table.
La scie
reste scie.
Voilà.
C’est presque
reposant.
La technique de production
Bien, bien,
bien.
C’est
bientôt fini.
Bientôt.
Pas déjà.
Bientôt
parce qu’il ne suffit pas d’avoir du travail, du capital fixe et du capital
circulant.
Il faut
aussi une manière de les combiner.
C’est ce
qu’on appelle la technique de production.
Deux
menuisiers peuvent avoir le même bois, les mêmes outils, le même temps de
travail, et ne pas produire exactement la même chose.
L’un peut
aller plus vite.
L’autre peut
produire une table plus solide.
L’un peut
gaspiller moins de bois.
L’autre peut
mieux organiser ses gestes.
La technique
de production, c’est donc la manière dont on organise la production.
Quels outils
utilise-t-on ?
Dans quel
ordre fait-on les opérations ?
Combien de
temps consacre-t-on à chaque étape ?
Quelle place
donne-t-on au travail humain ?
Quelle place
donne-t-on aux machines ?
La productivité globale des facteurs de production
Et là, on
arrive à une notion importante : la productivité.
La
productivité mesure l’efficacité de la production.
Elle permet
de répondre à une question simple : avec une certaine quantité de travail, de
capital et de matériaux, combien produit-on ?
Si le
menuisier produit une table en une journée, puis qu’avec de meilleurs outils ou
une meilleure organisation, il en produit deux dans le même temps, sa
productivité augmente.
Il produit
plus avec la même quantité de travail.
Ou il
produit autant avec moins de travail.
Dans les
deux cas, les économistes commencent à sourire.
Ce qui est
toujours un peu inquiétant.
On peut
alors parler de productivité globale des facteurs, ou PGF.
PGF.
Pas PFG.
Les pompes
funèbres générales n’ont rien à faire ici, même si certains sujets d’économie donnent parfois cette impression.
La PGF
mesure l’efficacité globale avec laquelle on combine les facteurs de
production.
Elle ne
dépend pas seulement du nombre d’heures travaillées ou du nombre de machines.
Elle dépend aussi de l’organisation, du savoir-faire, de l’innovation, de la
qualité des outils, de la formation, de la coordination.
Autrement
dit, ce n’est pas seulement une question de quantité de facteurs de production.
C’est aussi
une question de manière de les utiliser.
Voilà donc
ce qu’il faut pour produire.
Il faut des
consommations intermédiaires, ou capital circulant : le bois, les vis, la
colle, le vernis, tout ce qui est consommé, transformé ou incorporé pendant la
production.
Il faut du
capital fixe : les outils, les machines, l’atelier, tout ce qui reste dans
l’entreprise et sert plusieurs fois.
Il faut du
travail : du temps, de l’énergie, des gestes, des compétences, de l’attention.
Et il faut
une technique de production : une manière d’organiser tout cela pour obtenir un
résultat.
Bref,
produire, ce n’est pas seulement “fabriquer quelque chose”.
C’est
combiner des ressources.
Et plus
cette combinaison est efficace, plus la productivité augmente.
Voilà
pourquoi deux menuisiers peuvent avoir le même bois, les mêmes outils, la même
journée devant eux, et ne pas produire la même quantité de tables, ni la même
qualité de tables.
L’économie
commence souvent là : pas dans de grandes théories abstraites, mais dans une
question très simple.
Avec quoi
produit-on ?
Et comment
s’y prend-on ?



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