Quand l'immeuble social se met à grincer, il faut regarder la structure que génèrent les inégalités

 


J’ai traversé les siècles comme on traverse des salles d’attente... En patientant ... Parfois longuement.

Mais les salles d'attente ont ceci d'intéressant qu'on y voit plein de choses: des choses étonnates, des choses intéressantes, navrantes, amusantes, etc. 

Moi, dans la salle d'attente de la société, j'ai vu
Des empires pleins de certitudes.
Des républiques pleines de promesses.
Et toujours cette même rengaine :
« Cette fois, ce sera plus juste. »

Avec l’âge, on apprend à se méfier des slogans qui ne sont pas neufs.
Ils recouvrent souvent de vieilles inégalités... Et peuvent en masquer de nouvelles.

Quand une société va bien — ou croit aller bien — elle parle peu de justice.
Elle est occupée à produire, à consommer, à s’auto-congratuler.
La justice sociale devient un mot de discours.
Un mot de fin de banquet.

Quand une société va mal, en revanche, elle parle fort... Même très fort. 
Elle descend dans la rue.
Elle bloque.
Elle s’échauffe.
Elle réclame.

Depuis des décennies, les colères se succèdent.
Elles changent de visages, de couleurs, de pancartes... Rappelez-vous, on l'a vu avec l'ami Tilly (lien).
Mais elles racontent souvent la même chose :
un sentiment diffus d’injustice,
d’invisibilité,
de déclassement. (Un sondage sur le sujet vient de sortir... si vous le voulez, cliquez)

Des travailleurs qui voient leur emploi disparaître ou se fragiliser.
Des agriculteurs qui produisent sans maîtriser ni leurs prix, ni leurs coûts, ni leurs revenus, ni parfois leur avenir.
Des femmes à qui l’on a promis l’égalité, mais à qui l’on a laissé des écarts et des plafonds.
Des individus à qui l’on répète que « tout est possible »,
tout en leur rappelant, chaque jour, que tout n’est pas possible.

Ces colères ne sont pas des accidents.
Elles sont les symptômes d'une société malade.

Elles posent toutes, d’une manière ou d’une autre, une question ancienne : comment une société distribue-t-elle les places ?

Qui travaille ... Qui travaille beaucoup ... Qui travaille beaucoup et gagne peu. 

Qui hérite. Qui choisit. Qui subit. 

Qui monte. Qui tombe. Et qui remonte.

C’est là que commence la réflexion sur la structure sociale.

On la présente parfois comme un objet neutre d'étude scientifique.
Technique.
Presque administratif. On fait des statistiques pour remplir les dossiers des ministères. 

Mais c’est une manière trop polie de s'emparer du sujet.

Penser la structure sociale, ce n’est pas seulement classer des individus.
C’est déjà s’interroger sur ce qui est acceptable.
Sur ce qui est corrigeable.
Et sur ce qui ne l’est peut-être plus.

Car derrière toute description de la société se cache une question morale, même quand elle ne dit pas son nom :
vivons-nous dans une société juste ?

Cette question ne sera pas tranchée ici.
Mais elle est déjà là.
En arrière-plan.
Comme une inquiétude persistante... Et je vous invite à la garder dans un coin de votre tête.

Pour comprendre comment les sociétés s’organisent, les sciences sociales ont longtemps commencé par de grandes grilles de lecture.
Nous irons les voir.
Karl Marx.
Max Weber.
Je les ai rencontrés, moi, Birdy Doc.
Ils n’étaient pas d’accord sur tout, mais ils avaient en commun une chose rare :
ils refusaient de croire que les inégalités étaient naturelles.

Puis le monde a changé.
La société aussi.

La structure socioprofessionnelle s’est transformée.
Les critères de position sociale se sont multipliés.
Le travail, le diplôme, le genre, l’origine sociale, le territoire, la stabilité, la reconnaissance…
Tout cela s’entrecroise désormais.

Alors, en ce début de XXIᵉ siècle, une question s’impose, plus discrète, mais tout de même importante à plus d'un titre :
est-il encore pertinent de penser la société en termes de classes sociales ?
Et si oui, comment ?
Et si non, que perd-on à l’abandonner ?

C’est cette enquête que nous allons ouvrir.
Pas pour distribuer des bons et des mauvais points.
Mais pour regarder, lucidement, comment une société se tient debout.

Je suis Birdy Doc. Vous commencez à me connaitre. Je suis vieux, je suis assez aigri... J'aurais voulu vous dire que je suis très très beau... Mais la beauté part avec l'âge et, moi, j'ai plusieurs siècle. 

Oh, et puis, c'est relatif... 

Bon...ce qui pars avec l'âge, c'est aussi apparemment la capacité de ne pas disgresser.

Je reviens à mes moutons.

Je suis Birdy Doc...
Et je n’ai jamais vu de société devenir plus juste
sans commencer par regarder, en face,
ses inégalités. 


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