Valeur ajoutée et PIB: quelle richesse a-t-on vraiment créée ?

 


Nous avons vu que la croissance économique correspond à l’augmentation durable de la production de biens et de services.

Nous avons aussi vu que cette production se mesure généralement avec un indicateur : le PIB, le produit intérieur brut.

Mais une question reste ouverte.

Quand on dit qu’une économie produit des richesses, de quoi parle-t-on exactement ?

Produire, ce n’est pas seulement fabriquer un bien ou vendre un service.

Produire, c’est créer de la valeur.

Et pour comprendre cette valeur créée, il faut introduire une notion essentielle en économie : la valeur ajoutée.

Cette notion reviendra souvent.

Quand on parlera de productivité, elle sera là.

Quand on parlera de compétitivité, elle sera encore là.

Quand on parlera de salaires, de profits, de partage des richesses, d’inégalités ou de conflits sociaux, elle sera toujours là.

Donc autant la comprendre maintenant.


Produire, c’est ajouter de la valeur

Prenons un exemple simple.

Une boulangerie vend du pain, des croissants, des sandwichs et des gâteaux.

À la fin de la journée, elle a vendu pour 1 000 euros de produits.

On pourrait dire :

“Cette boulangerie a créé 1 000 euros de richesse.”

Ce serait rapide.

Mais ce serait faux.

Dans ces 1 000 euros, il y a des éléments que la boulangerie a achetés à d’autres entreprises : la farine, le beurre, le sucre, l’électricité, les emballages, parfois des services de livraison, de nettoyage ou de maintenance.

Ces biens et services ont déjà été produits ailleurs.

La boulangerie ne crée donc pas toute la valeur de ce qu’elle vend.

Elle transforme des éléments déjà produits.

Elle ajoute du travail, un savoir-faire, une recette, une cuisson, un service, une utilité.

Elle ajoute de la valeur.

C’est cela qu’il faut mesurer.


Définir la valeur ajoutée

La valeur ajoutée mesure la richesse nouvelle créée par une unité de production.

Elle se calcule ainsi :

Valeur ajoutée = valeur de la production - consommations intermédiaires

Les consommations intermédiaires sont les biens et services utilisés, transformés ou détruits au cours de la production.

Reprenons notre boulangerie.

Elle vend pour 1 000 euros dans la journée.

Pour produire, elle a acheté pour 400 euros de farine, beurre, sucre, électricité, emballages et autres biens ou services.

Sa valeur ajoutée est donc :

Valeur ajoutée = 1 000 - 400

Valeur ajoutée = 600 euros

Ces 600 euros représentent la richesse nouvelle créée par la boulangerie.

Pas la valeur totale de ce qui a été vendu.

La richesse nouvelle.

Voilà pourquoi on parle de valeur ajoutée.


Chiffre d’affaires, valeur ajoutée, profit : trois notions différentes

Il faut maintenant éviter une confusion très classique.

La valeur ajoutée n’est pas le chiffre d’affaires.

Et la valeur ajoutée n’est pas le profit.

Le chiffre d’affaires, c’est le montant total des ventes.

Si une entreprise vend pour 1 000 euros de biens ou de services, son chiffre d’affaires est de 1 000 euros.

Mais ce n’est pas la richesse nouvelle qu’elle a créée.

Pour connaître cette richesse nouvelle, il faut retirer les consommations intermédiaires.

Donc :

Chiffre d’affaires = montant total des ventes

Valeur ajoutée = chiffre d’affaires - consommations intermédiaires

Dans notre exemple :

Chiffre d’affaires : 1 000 euros

Consommations intermédiaires : 400 euros

Valeur ajoutée : 600 euros

La valeur ajoutée n’est pas non plus le profit.

La valeur ajoutée, c’est la richesse créée.

Le profit, c’est ce qui reste à l’entreprise ou à ses propriétaires une fois qu’un certain nombre de coûts ont été pris en compte.

Autrement dit :

La valeur ajoutée vient avant.

Le profit vient après.

Dans notre exemple, la boulangerie a créé 600 euros de valeur ajoutée.

Mais ces 600 euros ne vont pas directement dans la poche du propriétaire.

Il faut d’abord rémunérer les salariés, payer des cotisations sociales, verser des impôts et taxes liés à la production, et garder une part pour l’entreprise.

Ce qui reste après ces différents éléments correspond à l’excédent brut d’exploitation, souvent abrégé en EBE.

Pour simplifier, on peut dire que l’EBE est proche de ce que l’on appelle couramment le profit brut de l’entreprise.

Mais attention : les intérêts, les dividendes ou les remboursements de dettes sont prélevés ensuite sur cet excédent.

Donc retenez bien :

Chiffre d’affaires : ce que l’entreprise vend.

Valeur ajoutée : ce que l’entreprise crée réellement comme richesse nouvelle.

Excédent brut d’exploitation : ce qui reste après rémunération du travail et paiement des impôts sur la production.

Profit ou bénéfice : ce qui reste à l’entreprise une fois ses coûts pris en compte.

Oui, il y a plusieurs mots.

Non, ils ne veulent pas tous dire la même chose.

Sinon, ce serait trop simple.

Et ce serait moins drôle.

Enfin, façon de parler.


Le partage de la valeur ajoutée

Une fois que la richesse est créée, une nouvelle question apparaît.

Qui la reçoit ?

Là, tout le monde devient généralement plus attentif.

La valeur ajoutée est une richesse créée.

Mais elle doit ensuite être répartie.

On peut la partager en trois grandes parts.

D’abord, une partie sert à rémunérer le travail.

Elle comprend les salaires, mais aussi les cotisations sociales liées au travail salarié.

Plus précisément, elle comprend les salaires bruts et les cotisations sociales patronales.

Donc, ici, on ne regarde pas seulement ce que le salarié reçoit sur son compte bancaire à la fin du mois.

On regarde l’ensemble du coût du travail pour l’entreprise.

C’est important.

Sinon, on oublie une partie de ce qui est versé pour financer la protection sociale.

Ensuite, une partie de la valeur ajoutée est prélevée par les administrations publiques, notamment sous forme d’impôts et de taxes sur la production.

Attention : si l’on a déjà placé les cotisations sociales dans la rémunération du travail, il ne faut pas les compter une deuxième fois ici.

Sinon, on triche avec les chiffres.

Et ça finit toujours par se voir.

Enfin, ce qui reste correspond à l’excédent brut d’exploitation, l’EBE.

C’est la part qui revient à l’entreprise et aux apporteurs de capitaux.

Cette part peut ensuite servir à plusieurs choses.

Elle peut permettre de payer des intérêts si l’entreprise a emprunté.

Elle peut permettre de verser des dividendes aux propriétaires ou aux actionnaires.

Elle peut rester dans l’entreprise pour financer des investissements, remplacer du matériel, se désendetter ou préparer l’avenir.

On peut donc résumer ainsi :

Valeur ajoutée = rémunération du travail + impôts sur la production + excédent brut d’exploitation

Et là, on comprend que la valeur ajoutée n’est pas seulement une grandeur comptable.

C’est une richesse à répartir.

Combien va aux salariés ?

Combien va aux administrations publiques ?

Combien revient aux propriétaires du capital ? Combien reste à l’entreprise ? Combien sert à investir ?

Ce ne sont pas seulement des questions techniques.

Ce sont des questions sociales.

Et souvent politiques.

Voilà pourquoi cette notion est importante.

Elle permet de comprendre ce qu’une activité productive crée réellement.

Et elle permet de comprendre qui reçoit quoi dans l’économie.


Pourquoi la valeur ajoutée permet-elle de calculer le PIB ?

Revenons maintenant au PIB.

Le PIB mesure la richesse produite sur un territoire pendant une période donnée.

Mais comment additionner correctement toutes les richesses produites dans une économie ?

Il ne faut pas additionner tous les chiffres d’affaires.

Pourquoi ?

Parce qu’on compterait plusieurs fois les mêmes éléments.

Prenons un exemple simple.

Un agriculteur vend du blé à un meunier.

Le meunier transforme ce blé en farine et vend la farine à une boulangerie.

La boulangerie transforme la farine en pain et vend le pain aux clients.

Si on additionne toutes les ventes, on compte plusieurs fois une partie de la même valeur.

Le blé est compté quand il est vendu par l’agriculteur.

Il est encore inclus dans le prix de la farine.

Puis il est encore inclus dans le prix du pain.

À force, on compte plusieurs fois le même blé.

La valeur ajoutée permet d’éviter ce problème.

Elle mesure seulement ce que chaque producteur ajoute réellement à chaque étape.

L’agriculteur ajoute de la valeur en produisant le blé.

Le meunier ajoute de la valeur en transformant le blé en farine.

La boulangerie ajoute de la valeur en transformant la farine en pain.

Pour calculer la richesse créée dans l’économie, on additionne donc les valeurs ajoutées.

Pas les chiffres d’affaires.

Pas toutes les ventes.

Les valeurs ajoutées.

On peut donc dire :

PIB = somme des valeurs ajoutées produites par les unités de production résidentes

Dit plus simplement :

Le PIB mesure la richesse nouvelle créée dans une économie pendant une période donnée.

Chaque producteur ajoute une partie de cette richesse.

Et la somme de toutes ces valeurs ajoutées donne le PIB.


Conclusion

Résumons.

La valeur ajoutée mesure la richesse nouvelle créée par une unité de production.

Elle se calcule ainsi :

Valeur ajoutée = valeur de la production - consommations intermédiaires

Elle ne doit pas être confondue avec le chiffre d’affaires.

Le chiffre d’affaires correspond au montant total des ventes.

Elle ne doit pas non plus être confondue avec le profit.

Le profit est une partie de la valeur ajoutée : ce qui reste après paiement d’un certain nombre de coûts.

La valeur ajoutée est ensuite répartie entre plusieurs acteurs : les salariés, les administrations publiques, l’entreprise et les apporteurs de capitaux.

Enfin, la somme des valeurs ajoutées permet de calculer le PIB.

Voilà pourquoi cette notion est fondamentale.

Elle permet de comprendre ce qui est réellement créé.

Elle permet de comprendre comment on mesure la production.

Elle permet de comprendre ce que représente la croissance économique.

Et elle permet de comprendre comment cette richesse est répartie.

Ce n’est pas une petite formule à apprendre dans un coin.

C’est une porte d’entrée vers une bonne partie des débats économiques et sociaux.


Et pour la simple soustraction qu'elle est (chiffre d'affaire - consommations intermédiaires), avouez que c’est déjà pas mal.


Emmanuel H.

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