Le progrès technique naît de l’innovation

 

Un slogan intéressant (en haut à droite) 
On pourra en reparler.

Retournons encore dans l’atelier du menuisier.

Notre menuisier veut produire davantage. Ou produire mieux. Ou produire plus vite. Ou, soyons francs, gagner un peu plus d’argent sans finir chaque journée avec le dos en compote et l’envie de parler à une chaise.

Il décide donc d’améliorer sa technique de production.

Il mise sur le progrès technique.


Mais le progrès technique ne tombe pas du ciel, porté par une colombe avec un brevet dans le bec. Il naît généralement de l’innovation.

Une innovation, c’est "l'application réussie d'une invention, d'une découverte ou d'une idée nouvelle dans le domaine économique et commercial" nous dit le site vie-publique.fr.

Autrement dit, avoir une idée, c’est bien.

Mais en économie, ce qui compte vraiment, c’est que cette idée soit utilisée.

Une invention devient une innovation quand elle est appliquée concrètement : dans un atelier, dans une usine, dans une entreprise, dans un service... dans une économie.

Et il existe deux grands types d’innovation.

D’abord, l’innovation de procédé, qu’on appelle aussi innovation de processus de production.

Imaginons que notre menuisier invente puis utilise une nouvelle machine : une ponceuse électrique ultra-rapide, ou une scie numérique guidée par ordinateur.

Grâce à cette machine, il peut poncer ou découper beaucoup plus vite. Il gagne du temps. Il se fatigue moins. Il produit plus de tables dans la même journée.

Et, accessoirement, il garde peut-être un peu d’énergie pour parler à sa famille le soir.

Ce qui n’est pas négligeable.

Même si ce n’est pas toujours mesuré dans le PIB.

Mais l’innovation de procédé ne passe pas seulement par une nouvelle machine.

Le menuisier peut aussi réorganiser son atelier pour limiter les déplacements inutiles. Il peut mieux ranger ses outils. Il peut modifier l’ordre des opérations. Il peut adopter une méthode de travail plus fluide.

Dans tous ces cas, le produit final reste une table.

Mais la manière de fabriquer cette table devient plus efficace.

C’est cela, une innovation de procédé : on ne change pas forcément le produit, mais on améliore la façon de le produire.

Et cette amélioration peut augmenter la productivité.

Ensuite, il existe l’innovation de produit.

Cette fois, le menuisier ne change pas seulement sa manière de produire. Il propose un produit nouveau, ou fortement amélioré.

Par exemple, il crée une table avec des rallonges intégrées plus faciles à utiliser. Ou une table en bois recyclé avec des finitions originales. Ou une table modulable, plus légère, plus solide, plus adaptée aux petits logements.

Bref, il ne vend plus exactement la même table.

Il propose un bien qui répond à de nouveaux besoins, ou qui répond mieux à des besoins déjà existants.

Et si les clients y trouvent un intérêt, cette table peut se vendre davantage, ou plus cher.

C’est cela, une innovation de produit : produire quelque chose de nouveau, ou améliorer suffisamment un produit existant pour modifier l’offre proposée aux consommateurs.

Dans les deux cas, l’innovation transforme la production.

Avec l’innovation de procédé, on produit autrement.

Avec l’innovation de produit, on produit autre chose, ou quelque chose de mieux.

Et dans les deux cas, l’innovation peut soutenir la croissance économique puisque d'un côté on produit plus efficacement (innovation de procédé), de l'autre on incite à acheter le produit (innovation de produit). Et les deux peuvent s'alimenter : pensez au smartphone qui est initialement une innovation de produit qui s'est transformée aussi en innovation de procédé puisque beaucoup de travailleurs les utilisent dans leur activité.


Maintenant, sortons de l’atelier.

Parce que ce qui vaut pour notre menuisier vaut aussi pour une économie entière.

Prenons la France.

Pendant les Trente Glorieuses, la croissance française ne vient pas seulement du fait qu’on utilise plus de travailleurs ou plus de machines. Elle vient aussi du fait que les manières de produire changent profondément.

Dans l’agriculture, les innovations de procédé ont joué un rôle considérable.

La mécanisation, les tracteurs, les moissonneuses-batteuses, les engrais, l’amélioration des techniques de culture transforment la manière de produire. On produit davantage avec moins de travailleurs agricoles. Le paysan ne disparaît pas, évidemment. Mais le paysan avec deux bœufs, une charrue et beaucoup de courage laisse progressivement la place à une agriculture beaucoup plus mécanisée.

C’est une transformation radicale.

Pas toujours douce.

Mais radicale.

Même logique dans l’industrie.

Le travail à la chaîne, la mécanisation, puis l’automatisation changent la manière de fabriquer les biens. Dans l’automobile, dans l’électroménager, dans la chimie, dans la métallurgie, les entreprises produisent en grandes séries, avec des machines plus puissantes, une organisation plus stricte, des procédés plus efficaces.

On ne fabrique plus seulement avec plus de bras.

On fabrique autrement.

Et quand on fabrique autrement, on peut produire davantage, plus vite, à des coûts plus faibles.

C’est là que l’innovation de procédé devient une source de croissance.

Plus tard, d’autres innovations de procédé ont continué à transformer l’économie française : l’informatique dans les entreprises, les logiciels de gestion, la robotisation dans certaines usines, les codes-barres dans la distribution, les plateformes logistiques, Internet dans les échanges, la numérisation de nombreux services.

Rien de très romantique, je vous l’accorde.

Un logiciel de gestion des stocks ne fait rêver personne.

Enfin, normalement.

Mais économiquement, c’est important : si une entreprise sait mieux produire, mieux organiser, mieux transporter, mieux coordonner, elle peut créer plus de richesse.

Et puis il y a les innovations de produit.

Là, ce sont les biens et services proposés qui changent.

Pendant les Trente Glorieuses, l’automobile, le réfrigérateur, le lave-linge, la télévision et les biens d’équipement du foyer se diffusent massivement. Ils transforment la consommation des ménages et participent à l’essor de la société de consommation.



Ces produits existaient parfois déjà.

Mais leur diffusion, leur amélioration, leur production en grande série, leur baisse relative de prix, tout cela change leur place dans l’économie.

Une voiture n’est pas seulement une voiture.

C’est aussi des usines, des ouvriers, des ingénieurs, des routes, des stations-service, des garages, des assurances, des parkings, des embouteillages, des vacances plus loin, et parfois des disputes familiales sur le choix de l’itinéraire.

Bref, tout un monde économique se développe autour du produit.

Même chose pour l’électroménager.

Un réfrigérateur, un lave-linge, un aspirateur, une télévision : ce sont des produits nouveaux ou fortement diffusés qui créent des marchés, transforment les modes de vie et soutiennent la croissance.

Plus récemment, on peut penser au numérique.

L’ordinateur personnel, le smartphone, les services en ligne, les applications, les plateformes numériques, les objets connectés : tout cela constitue aussi des innovations de produit ou de service.

Elles créent de nouveaux marchés.

Elles modifient les comportements.

Elles changent les façons de consommer, de travailler, de se déplacer, de communiquer.

Et, évidemment, elles peuvent aussi poser de nouveaux problèmes.

Parce qu’en économie, quand une innovation arrive avec une promesse, elle arrive souvent avec une facture quelque part.

Sur le travail.

Sur l’environnement.

Sur les inégalités.

Sur l’attention des adolescents.

Et là, je parle en professionnel exposé.


Donc, à l’échelle d’un pays, l’innovation agit de deux façons.

Elle peut transformer les procédés de production.

On produit autrement.

Plus vite.

Avec moins de gaspillage.

Avec une meilleure organisation.

Avec des machines ou des technologies plus efficaces.

Et elle peut transformer les produits.

On produit autre chose.

De nouveaux biens.

De nouveaux services.

De nouveaux usages.

De nouveaux marchés.

Dans les deux cas, l’innovation peut alimenter la croissance économique.

Elle permet aux entreprises de produire plus efficacement, ou de proposer de nouveaux biens et services qui stimulent la demande.

C’est pourquoi le progrès technique est souvent considéré comme un moteur essentiel de la croissance à long terme.

Sans innovation, une économie peut toujours essayer d’ajouter des travailleurs, des machines, des heures, des bâtiments.

Mais à un moment, elle rencontre des limites.

Ajouter toujours plus de capital ne suffit pas forcément à faire augmenter indéfiniment la production.

Si vous donnez dix marteaux de plus à un seul menuisier, il ne produira pas dix fois plus vite.

Il aura surtout l’air préoccupé.

En économie, on dirait que le rendement de ce capital supplémentaire finit par diminuer. Mais inutile, ici, d’ouvrir une nouvelle porte théorique : retenons simplement qu’ajouter des moyens ne suffit pas toujours.

À un moment, ce qui compte, ce n’est pas seulement d’avoir plus de capital.

C’est de mieux l’utiliser.

Avec l’innovation, on peut justement modifier la manière de produire. On peut créer de nouveaux produits. On peut économiser du temps. Réduire certains coûts. Améliorer la qualité. Répondre à de nouveaux besoins. Parfois même en créer de nouveaux.

Et notre menuisier, à sa manière, participe à cette logique.

S’il utilise une nouvelle méthode pour produire ses tables plus vite, il fait une innovation de procédé.

S’il invente une table nouvelle qui séduit de nouveaux clients, il fait une innovation de produit.

Dans les deux cas, il ne se contente pas de produire plus.

Il transforme la manière de produire, ou ce qui est produit.

Et c’est souvent comme cela que le progrès technique finit par soutenir la croissance.

Pas toujours avec de grandes révolutions spectaculaires.

Parfois avec une machine mieux conçue.

Un produit nouveau.

Une méthode plus efficace.

Ou simplement une bonne idée qui, un jour, sort de la tête de quelqu’un pour entrer dans un atelier.

Et là, l’économie commence à bouger.

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