La mobilité sociale
Petit mot d’introduction
Les articles que vous trouverez ici sont, pour une partie d’entre eux, des réécritures de textes plus anciens qui existaient déjà sur le site BirdyDoc année zéro.
Mais petite précision utile : ici, c’est Emmanuel Humeau qui écrit, et non plus BirdyDoc. Même cerveau, sans doute. Même goût discutable pour les phrases qui commencent calmement et finissent par s’énerver un peu. Mais pas tout à fait la même voix.
Ce chapitre sur la mobilité sociale est un chapitre un peu particulier.
Au premier abord, il peut sembler technique. Et il l’est.
Il faut apprendre à lire des tables de mobilité. Il faut comprendre ce qu’elles montrent, mais aussi ce qu’elles ne montrent pas. Il faut distinguer mobilité sociale, reproduction sociale, mobilité ascendante, mobilité descendante, mobilité structurelle, mobilité nette. Il faut aussi comprendre une notion plus délicate : la fluidité sociale.
Bref, il y a des tableaux, des pourcentages, des intitulés de catégories socioprofessionnelles, et parfois cette légère impression d’avoir ouvert un vieux cours bien chargé un jour de pluie.
Je comprends.
Mais ce serait une erreur de s’arrêter là.
Parce que derrière cette apparence technique, ce chapitre pose une question essentielle : dans quelle mesure une société permet-elle aux individus d’échapper à leur origine sociale ?
Autrement dit : dans quelle mesure le milieu dans lequel on naît détermine-t-il encore la position sociale que l’on occupera plus tard ?
Et là, on quitte assez vite le simple exercice de lecture de tableau.
On entre dans quelque chose de beaucoup plus important.
La mobilité sociale permet de réfléchir à l’égalité des chances. Elle permet de voir si les positions sociales sont ouvertes ou fermées. Elle permet de comprendre si les enfants d’ouvriers, d’employés, de cadres, d’agriculteurs, d’indépendants ont réellement les mêmes chances d’accéder aux différentes positions sociales.
Elle permet aussi de poser une autre question, plus dérangeante : si les chances ne sont pas égales, pourquoi ne le sont-elles pas ?
Est-ce l’école ?
La famille ?
Le réseau social ?
L’argent ?
Le territoire ?
Les ambitions qu’on s’autorise, ou qu’on ne s’autorise pas ?
Un peu tout cela à la fois, évidemment. Sinon, ce serait trop simple.
Ce chapitre doit donc être mis en lien avec celui sur la structure sociale.
Parce qu’étudier la mobilité sociale, c’est aussi comprendre que les positions sociales ne sont pas seulement des cases dans un tableau. Elles sont liées à des conditions de vie, à des ressources, à des contraintes, à des possibilités. Max Weber parlait de chances de vie. L’expression est très juste : selon la position sociale que l’on occupe, on n’a pas exactement les mêmes chances de vivre longtemps, de faire des études, d’avoir un emploi stable, de se soigner correctement, de partir en vacances, de se sentir légitime quelque part.
Et il faut faire attention.
Très attention.
Ce chapitre peut facilement être enseigné de manière trop pessimiste. On pourrait ne parler que de reproduction sociale, c’est-à-dire du fait que certains enfants occupent une position sociale identique à celle de leurs parents. On pourrait regarder les freins, les blocages, les inégalités, et conclure que tout est joué d’avance.
Ce serait une erreur.
Ou plutôt, ce serait ne regarder qu’une partie du tableau... Et pas nécessairement la plus importante.
Il existe de la reproduction sociale, bien sûr. Elle est significative. Elle doit être étudiée. Elle montre que l’origine sociale continue de peser sur les trajectoires individuelles.
Mais il existe aussi de la mobilité sociale.
Beaucoup d’enfants n’occupent pas la même position sociale que leurs parents. La société française n’est pas une société de castes. Elle a connu des transformations profondes : massification scolaire, développement du salariat qualifié, tertiarisation, hausse du niveau de diplôme, transformations de l’emploi. Tout cela a ouvert des possibilités.
Il faut donc tenir les deux idées ensemble.
Oui, il y a de la mobilité.
Oui, des individus changent de position sociale par rapport à leurs parents.
Oui, la société française donne des chances réelles à beaucoup d’individus.
Mais non, ces chances ne sont pas également réparties.
Et c’est précisément là que le chapitre devient intéressant.
La question n’est pas de savoir si la mobilité sociale existe.
Elle existe.
La question est de savoir pour qui elle est la plus probable, dans quel sens elle se fait, à quelles conditions, et avec quelles limites.
Autrement dit, il ne s’agit pas de dire : “tout est bloqué”.
Il ne s’agit pas non plus de dire : “tout est ouvert”.
Il s’agit de comprendre comment une société peut être à la fois mobile et inégalitaire.
Et là, normalement, le sociologue commence à sourire.
Discrètement.
Parce qu’il sait qu’il y a du travail.
Épisode 1 — La mobilité sociale : entre promesse républicaine et illusion statistique
"Illusion statistique, c'est sans doute un peu exagéré. Mais promesse républicaine, pas du tout. La mobilité sociale est au coeur des enjeux démocratiques.
Épisode 2 — Comment se déplace-t-on dans l'espace social ?
La mobilité sociale revêt plusieurs formes...
Épisode 3 — La mobilité sociale : derrière les statistiques, une question politique
Il faut bien que les sociologues aient une utilité... Je le dis pour les amateurs de partis politiques qui cherchent à étouffer la voix de ces sociologues.
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Épisode 4 — Mesurer la mobilité sociale : tables de destinée et tables de recrutement
Derrrière l'aspect technique de cet article, trois grands intérêts: mesurer la mobilité (quelle soit descendante, ascendante ou horizonatle), mesurer la reproduction sociale, mesurer l'auto-recrutement social... Pour la mesure de la fluidité, voyez plus tard.
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Épisode 5 — Les limites de la mesure de la mobilité sociale
Les tables de mobilité présentent des intérêts... mais, évidemment, elles présentent aussi des limites.
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Épisode 6 — La mobilité sociale en France : une mobilité réelle mais surtout de proximité
Ca circule, en France... Mais souvent pas loin.
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Épisode 7 — Mobilité des hommes, mobilité des femmes
Spoiler alert: les femmes sont moins bien loties que les hommes... Mais la progression, ces dernières années, est plus nette.
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Épisode 8 — La mobilité structurelle : quand la société change mécaniquement les trajectoires sociales
Où comment l'évolution de la structurelle socio-professionnelle (voir aussi chapitre sur la structure sociale) génère, mécaniquement, une mobilité sociale.
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Épisode 9 — Mobilité sociale et fluidité sociale : pourquoi on distingue les deux
Une société plus mobile n'est pas forcément une société plus fluide... sous-entendu, plus égalitaire.
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Épisode 10 — Quand la société change de forme, les trajectoires changent aussi
Petit retour sur la mobilité structurelle.
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Épisode 11 — L’école pour tous ? La démocratisation quantitative et qualitative
L'école a un rôle essentiel dans la mobilité sociale. Elle s'est démocratisée mais cette démocratisation est imparfaite ou insuffisante.
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Épisode 12 — Pourquoi les inégalités scolaires persistent-elles ? L’analyse de Bourdieu et Passeron
Les inégalités sociale de réussite scolaire sont une réalité. Comment les expliquer à partir des ressources familiales et des forces sociales qui s'exercent sur les familles ?
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Épisode 13 — Raymond Boudon : pourquoi les familles ne font-elles pas toutes les mêmes choix scolaires ?
Une autre manière d'expliquer la reproduction sociale au travers de l'école en mettant l'accent sur les stratégies familiales et les effets pervers des choix d'orientation
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Épisode 14 — La diversité des configurations familiales et la mobilité sociale.
La société se complexifie et cela se ressent sur les configurations familiales. Ces configuration sont autant de forces qui impactent les trajectoires individuelles.
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Épisode 15 — Le plafond de verre : pourquoi les femmes connaissent-elles des trajectoires professionnelles limitées?
Les femmes réussissent mieux à l'école, mais elles montent moins haut (toujours même si cela s'améliore) dans l'échelle sociale. Plusieurs pistes complémentaires d'explication.
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Épisode 16 — La mobilité sociale : une société qui bouge… mais pas toujours dans le sens qu’on imagine
La conclusion.
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