Chômage et taux de chômage
Avant de chercher à expliquer le chômage, il faut déjà savoir de quoi on
parle… et comment on le mesure.
Oui, je sais.
Mesurer.
Encore.
Mais c’est indispensable.
Parce qu’en économie, un mauvais indicateur peut conduire à un mauvais
diagnostic.
Et un mauvais diagnostic peut conduire à une mauvaise politique.
Ce qui est gênant.
Surtout quand cela concerne des millions de personnes.
Nous avons déjà défini le chômage dans notre réflxion sur les mutations du
travail et de l’emploi. Je vais donc aller assez vite.
Au sens du Bureau international du travail, le BIT… Il faut toujours faire
attention aux acronymes…. en simplifiant, un chômeur est une personne sans
emploi, disponible pour travailler et qui recherche activement un emploi.
Donc attention : ne pas travailler ne suffit pas pour être chômeur.
Un étudiant qui ne cherche pas d’emploi n’est pas chômeur.
Un retraité non plus.
Et une personne qui voudrait travailler mais qui ne recherche plus
activement un emploi peut, elle aussi, ne pas être comptée comme chômeuse.
Les choses sont donc déjà un peu plus compliquées qu’elles en ont l’air.
Mais une fois que l’on sait qui est chômeur, on peut calculer le taux de
chômage.
Le taux de chômage correspond à la part des chômeurs dans la population
active.
Autrement dit :
Taux de chômage = nombre de chômeurs / population
active × 100
Et souvenez-vous : la population active regroupe les personnes en emploi et
les chômeurs.
Le taux de chômage ne mesure donc pas la proportion de chômeurs dans
toute la population. L’Insee distingue d’ailleurs explicitement le « taux de
chômage », calculé parmi les actifs, de la « part du chômage », calculée dans
l’ensemble de la population. Si un prof veut vous faire tomber dans
un piège, il pourra vous donner cette part du chômage… Mais honnêtement, ce ne
serait pas un gentil (pour être poli) parce que cette part du chômage est
rarement utilisée dans les débats.
Mais comprendre la distinction, c’est important pour éviter les discours de
comptoir que l’on retrouve souvent sur les plateaux des télés de certaines
chaines d’information continue.
En 2022, par exemple, le taux de chômage était de 7,3 % en France.
Cela signifie que 7,3 % des actifs étaient au chômage.
Pas 7,3 % de l’ensemble des Français. Sur l’ensemble des français, c’est
beaucoup moins évidemment. C’est même moins que moitié moins.
Je vous laisse y réfléchir.
C’est bon ?
Mais on peut aller plus loin.
Parce qu’on peut calculer un taux de chômage pour pratiquement n’importe quelle catégorie de population.
Prenons les jeunes.
Le taux de chômage des 15-24 ans se calcule exactement de la même manière :
Nombre de chômeurs de 15 à 24 ans / nombre d’actifs de
15 à 24 ans × 100
On prend les chômeurs jeunes...
et on les rapporte aux actifs jeunes (c’est-à-dire les jeunes
occupés + les jeunes chômeurs)
Et là, il faut être très prudent.
En 2022, le taux de chômage des 15-24 ans était de 17,3 %. Insee
Cela ne signifie absolument pas que 17,3 % de tous les jeunes étaient au
chômage.
Beaucoup de jeunes sont encore au lycée, étudiants, ou plus généralement
inactifs.
Le taux de 17,3 % concerne uniquement ceux qui appartiennent déjà à la
population active.
D’ailleurs, si l’on rapporte les jeunes chômeurs à l’ensemble des
15-24 ans, actifs et inactifs, la proportion n’était plus que de 7 % en
2022. Insee
Ce n’est pas exactement la même histoire.
Et c’est là que le taux de chômage devient vraiment intéressant.
Parce qu’il ne sert pas seulement à donner un grand chiffre pour toute la
France.
On peut le décliner.
Et comparer l’exposition au chômage de différentes catégories.
Regardons rapidement la France en 2022.
Nous venons de le voir : les jeunes actifs sont beaucoup plus touchés.
Mais le diplôme fait également apparaître des écarts très
importants.
Parmi les actifs ayant au plus le brevet des collèges, le taux de chômage
atteignait 13,2 %.
Parmi les diplômés du supérieur : 4,7 %. Insee
Presque trois fois moins.
Et on retrouve de très fortes différences lorsque l’on regarde les
catégories socioprofessionnelles.
En 2022, le taux de chômage des ouvriers peu qualifiés atteignait 15,3
%.
Celui des cadres : 3,4 %. Insee
Plus de quatre fois moins.
Autrement dit, derrière le chiffre moyen du chômage de la France (7,3%) se
cachent des situations extrêmement différentes.
L’âge compte.
Le diplôme compte.
La catégorie socioprofessionnelle compte.
Et cela devient intéressant pour deux raisons.
D’abord parce que le chômage fait apparaître des inégalités.
Tout le monde n’est pas exposé de la même manière au risque de chômage.
Mais surtout parce que ces différences commencent déjà à nous poser des
questions.
Pourquoi les jeunes actifs sont-ils davantage touchés ?
Pourquoi le diplôme protège-t-il du chômage ?
Pourquoi certaines catégories professionnelles sont-elles beaucoup plus
exposées que d’autres ?
Et là...
nous commençons doucement à quitter la mesure pour entrer dans l’explication.
Mais pas trop vite.
Parce qu’avant de chercher pourquoi il y a du chômage, il nous reste encore
un problème.
Le taux de chômage est un indicateur essentiel.
Mais il est loin de tout nous dire sur l’utilisation du travail dans une
économie.
Et c’est précisément ce que nous verrons dans l’épisode suivant.
Emmanuel H.



Commentaires
Enregistrer un commentaire