Conclusion : lutter contre le chômage, pour quels emplois et quelle société ?

 

Nous arrivons au bout de ce chapitre. Et si vous espériez qu’à la fin, je vous révèle enfin la solution au chômage, je vais vous décevoir.

Si je l’avais, j’aurais probablement négocié autre chose qu’un service de cours avec des copies à corriger le dimanche et des podcasts ou des blogs à alimenter. 

Mais nous avons appris quelque chose d’important : le chômage n’a pas une cause unique. Et toutes les politiques ne répondent pas au même problème.

Prenons une entreprise qui manque de clients. Elle ne recrute pas parce qu’elle n’a pas suffisamment de commandes. Rendre les licenciements plus faciles ne lui donnera pas automatiquement du travail à distribuer.

Dans cette situation, soutenir la demande peut favoriser la production, puis les embauches. C’est le raisonnement des politiques de lutte contre le chômage conjoncturel.

À l’inverse, une entreprise peut avoir des clients, mais ne pas trouver les compétences dont elle a besoin. Lui apporter encore davantage de commandes ne formera pas les candidats.

Il faut alors regarder les qualifications, la formation, les difficultés d’appariement.

Nous avons aussi étudié le coût du travail, les asymétries d’information et les institutions qui encadrent le marché du travail.

Choisir une politique suppose donc d’abord de comprendre les causes du problème. Sinon, on soigne une fracture avec du sirop contre la toux. C’est une intervention. Ce n’est pas nécessairement un progrès.

Et le problème, c'est que ces causes peuvent se combiner. Une personne peut chercher un emploi dans un secteur qui ralentit, avec des qualifications peu demandées dans sa région. Une seule mesure ne réglera pas forcément l’ensemble de ses difficultés.

Il faut donc réfléchir à la manière dont les politiques se complètent.

Prenons la flexisécurité. Elle cherche à associer des possibilités d’adaptation pour les entreprises à une protection des personnes lorsqu’elles changent d’emploi : indemnisation, accompagnement, formation.

Le Danemark est souvent cité pour cette combinaison.

L’idée n’est pas de garantir que personne ne perdra jamais son poste. Elle est de faire en sorte que perdre son poste ne signifie pas être laissé seul avec toutes les conséquences.

Cela demande des moyens et des institutions qui fonctionnent ensemble. Prendre seulement la facilité de licencier, ce n’est pas importer toute la flexisécurité. Il manquerait une partie du colis.

Et cela ouvre une autre question que nous n’avons pas développée : comment indemniser le chômage tout en favorisant le retour à l’emploi ?

Une allocation protège le revenu. Mais elle peut aussi influencer les conditions auxquelles une personne accepte de reprendre un travail.

Nous retrouvons notre calcul : que me rapporte cet emploi, compte tenu du salaire, des prestations conservées ou perdues, du transport, de la garde des enfants ?

Si le gain est faible, l’incitation financière peut l’être aussi.

Mais attention : poursuivre sa recherche ne signifie pas nécessairement préférer le canapé. L’indemnisation peut aussi donner les moyens de chercher un emploi mieux adapté à ses compétences.

La question n’est donc pas seulement de sortir du chômage le plus vite possible. C’est aussi de savoir vers quel emploi, et pour combien de temps.

Voilà pourquoi il faut regarder plusieurs indicateurs.

Le taux de chômage, évidemment. Mais aussi le taux d’emploi, le sous-emploi, les salaires, la stabilité et les conditions de travail.

Vous voyez, les premiers épisodes avaient une utilité. Je n’avais pas simplement envie de vous infliger des pourcentages.

Et rappelez-vous le chapitre précédent : le travail peut apporter un revenu, mais aussi des relations, une reconnaissance et une place dans la société. La qualité de l’emploi compte donc dans la vie des personnes.

Enfin, les connaissances économiques nous aident à anticiper les conséquences d’une politique. Elles ne décident pas, à notre place, de l’importance que nous accordons à la sécurité, aux revenus, à la mobilité ou aux inégalités…

Ces choix relèvent aussi de valeurs et du débat politique.

Lutter contre le chômage, c’est chercher à permettre à davantage de personnes de travailler. Mais c’est aussi réfléchir aux conditions dans lesquelles elles pourront le faire.

Et cette question-là mérite un peu mieux qu’un slogan lancé sur une chaine d’information entre deux publicités pour des lessives qui laveraient encore plus blanc qu’elles ne lavaient il y a dix ans.

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