Des emplois, des chômeurs… pourquoi ne se rencontrent-ils pas ? (Frictions et inadéquations géographiques)
Dans les
épisodes précédents, nous avons vu que les entreprises peuvent manquer de
commandes. Elles ont alors moins besoin de produire, donc moins besoin de
travail. Et des personnes qui souhaitent travailler ne trouvent pas d’emploi.
Mais
maintenant, changeons de situation.
Les commandes
sont là. Des entreprises souhaitent recruter. Et pourtant, elles ne trouvent
pas les personnes dont elles ont besoin, tandis que des personnes, dans le même
temps, cherchent un emploi.
Voilà qui est
agaçant. Les uns cherchent des salariés, les autres cherchent des employeurs.
On aurait envie de les mettre dans la même pièce et de leur dire : « Bon,
maintenant, vous vous débrouillez, vous vous bougez le cul ! »
Sauf que la
rencontre est un peu plus compliquée.
C’est ce que
nous allons étudier avec les problèmes d’appariement.
L’appariement,
vous y êtes confronté après chaque machine lorsqu’il faut mettre ensemble les
bonnes chaussettes… Et ça m’énerve ! Ca m’énerve. Moi, j’ai jamais deux
chaussettes pareils !
L’appariement
dans notre cadre de réflexion, c’est la mise en relation d’un travailleur et
d’un emploi. Dans notre vocabulaire économique, c’est donc la rencontre entre
une offre de travail, celle du travailleur, et une demande de travail, celle de
l’entreprise.
Vous vous
rappelez ? Les travailleurs offrent du travail. Les entreprises en demandent.
Je vérifie. On ne sait jamais.
Dans notre
modèle de départ, cette rencontre se faisait assez facilement. C’était un
modèle. Mais, dans la réalité, il faut d’abord se trouver.
Et cela prend
du temps.
Imaginons que
vous veniez de terminer vos études. Vous cherchez un emploi. Vous regardez les
annonces, vous envoyez des candidatures, vous passez un entretien. Puis vous
attendez.
L’entreprise,
de son côté, reçoit plusieurs candidatures, les examine, rencontre des
candidats. Puis elle réfléchit.
Vous, pendant
ce temps-là, vous continuez d’attendre.
Parfois, elle
ne répond même pas. Certaines entreprises entretiennent une relation assez
distante avec la politesse.
Mais même
lorsque tout le monde fait correctement son job, recruter prend du temps. Les
candidats ne connaissent pas immédiatement tous les emplois disponibles. Les
employeurs ne connaissent pas immédiatement toutes les personnes qui pourraient
leur convenir.
Ces délais de
recherche et de mise en relation, ce sont des frictions sur le
marché du travail. Et le chômage qui leur est associé, sas mystère, est appelé chômage
frictionnel.
Il y a des
frottements. La rencontre offre/demande n’est pas instantanée.
Cela permet
de comprendre pourquoi il peut rester du chômage même lorsque l’activité
économique se porte bien. Des personnes terminent leurs études, d’autres
arrivent au terme d’un contrat, d’autres encore cherchent à retrouver un emploi
après une interruption.
Certaines
trouvent. D’autres commencent juste à chercher.
Ce ne sont
donc pas nécessairement les mêmes personnes qui restent au chômage. Mais, à
chaque moment, des personnes peuvent être entre deux situations.
Voilà
pourquoi le plein emploi ne signifie pas que plus personne ne cherche
jamais de travail ou est au chômage.
Et c’est là
que nous commençons à comprendre le chômage structurel : un chômage lié aux
caractéristiques du fonctionnement de l’économie et du marché du travail, qui
peut subsister même lorsque l’activité va bien. Il faut donc distinguer chômage
structurel, lié au fonctionnement du marché du travail, et chômage conjoncturel
lié aux fluctuations de l’activité économique, de la production.
Je fais une
analogie. Imaginons que le chômage, ce soit être de mauvaise humeur. On peut
être de mauvaise humeur structurellement parce qu’on est en dépression. Il y a
quelque chose qui ne va pas dans notre fonctionnement et c’est durable. Et on
peut être de mauvaise humeur parce qu’on s’est tapé le petit orteil dans la
table le matin. Un problème ponctuel… conjoncturel.
Les problèmes
d’appariement sont une source de chômage structurel. Une source parce qu’ils ne
ils ne sont pas la seule, nous le verrons.
Alors,
peut-on réduire ces frictions ?
C’est
notamment l’un des rôles de France Travail : recueillir et diffuser des offres
d’emploi, accompagner les personnes dans leurs recherches et aider les
entreprises à trouver des candidats.
L’idée est de
faire circuler l’information et de faciliter la mise en relation. Vous cherchez
un emploi correspondant à vos compétences ? Une entreprise cherche justement
quelqu’un comme vous ? Encore faut-il que chacun sache que l’autre existe.
France
Travail doit contribuer à ce rapprochement. C’est le rôle attendu, en tout cas.
Mais parfois,
le problème ne se résume pas à attendre un peu ou à mieux faire circuler
l’information.
Vous avez
trouvé l’annonce. L’entreprise a reçu votre candidature. Vos compétences lui
conviennent.
Très bien.
Très bien. Très bien.
Sauf que
l’emploi est à trois cents kilomètres de chez vous.
Et là, on
rencontre une autre difficulté d’appariement : l’inadéquation spatiale.
Le terme
signifie simplement que les emplois disponibles et les personnes susceptibles
de les occuper ne se trouvent pas au même endroit, et que la distance fait
obstacle à la rencontre.
« Eh bien, il
suffit de déménager ! »
Oui. Sur une
carte, c’est facile. On déplace son doigt. Dans la vie, il faut déplacer un peu
plus de choses.
Il faut
trouver un logement, payer le déménagement, parfois avancer une caution. Et si
votre conjoint travaille déjà là où vous habitez ? Si vos enfants y sont
scolarisés ? Si vous vous occupez d’un proche ?
Contrairement
aux courbes économiques, les êtres humains ne glissent pas sans frottement d’un
point à l’autre du territoire.
Ils ont cette
mauvaise habitude d’avoir une vie.
D’ailleurs,
il n’est même pas nécessaire que l’emploi soit à trois cents kilomètres.
Imaginons un
poste à trente kilomètres, avec une prise de service à cinq heures du matin.
Vous n’avez pas de voiture, et le premier bus arrive à sept heures.
L’emploi
n’est pas très loin. Mais vous ne pouvez pas vous y rendre au moment où l’on
vous attend. Ce qui, pour commencer une journée de travail, est tout de même
contrariant.
La distance
se mesure donc en kilomètres, mais aussi en temps de trajet, en coût et en
possibilités réelles de déplacement. 2,40€ le litre de diesel au moment où je
vous écris.
On comprend
alors pourquoi un emploi peut rester vacant alors qu’une personne possède les
compétences nécessaires et souhaite travailler : elle ne peut pas forcément
accéder à cet emploi.
Pour réduire
cet obstacle, on peut chercher à faciliter les déplacements ou l’accès au
logement. Une aide au transport, par exemple, peut rendre accessible un poste
qui ne l’était pas auparavant.
Là encore, il
faut regarder ce qui bloque. Une annonce mieux diffusée ne fera pas passer un
bus à quatre heures du matin.
Nous avons
donc deux premières difficultés : les frictions, parce qu’il faut du temps pour se
trouver ; et les
inadéquations spatiales, parce qu’il faut aussi pouvoir se
rejoindre.
C’est beau.
Dans les deux
cas, l’existence d’un emploi disponible ne suffit pas à garantir qu’une
personne sans emploi pourra l’occuper immédiatement.
Mais
imaginons maintenant, en guise d’ouverture, que le poste soit juste à côté de
chez vous. Vous connaissez l’entreprise. Elle connaît votre candidature. Vous
pouvez commencer lundi.
Reste une
question : possédez-vous les qualifications nécessaires pour faire le travail
demandé ?
C’est une
autre difficulté d’appariement : l’inadéquation des qualifications.
Et c’est là
que nous allons pouvoir parler de formation.
Mais dans le
prochain épisode.



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