Des emplois disponibles, mais pas les qualifications recherchées : pourquoi former ? (inadéquation des qualifications et politique de formation)

 


Dans "La loi du marché", Thierry possède une expérience sur des machines-outils, mais le recruteur l’interroge sur un modèle plus récent qu’il n’a pas eu l’occasion d’utiliser. Il possède donc des qualifications, mais celles-ci ne correspondent pas complètement aux compétences recherchées par l’employeur.


Dans l’épisode précédent, nous avons vu que les travailleurs et les entreprises ne se rencontrent pas toujours facilement. Il faut du temps pour se trouver. Et, parfois, l’emploi est trop loin pour qu’on puisse l’occuper.

Mais maintenant, imaginons que ces problèmes soient réglés.

Vous avez trouvé l’annonce. L’entreprise est à côté de chez vous. Vous êtes disponible. Elle cherche quelqu’un.

Tout semble bien parti.

Sauf qu’elle cherche un soudeur et que vous ne savez pas souder.

Vous pouvez être sympathique, ponctuel, plein de bonne volonté. C’est très bien. Mais, pour assembler des pièces métalliques, cela risque de ne pas suffire. Même en souriant très fort.

C’est une autre difficulté d’appariement : l’inadéquation des qualifications.

Les qualifications des personnes qui cherchent un emploi ne correspondent pas nécessairement à celles que les entreprises recherchent.

Et attention : cela ne signifie pas simplement que les chômeurs ne sont pas assez diplômés.

Vous pouvez avoir fait de longues études et ne pas posséder la qualification nécessaire pour un emploi particulier. Un doctorat en histoire ne vous apprend pas à réparer un ascenseur. Et, personnellement, si je suis dans l’ascenseur, je préfère que vous ayez appris.

Le problème n’est donc pas seulement le niveau de qualification. C’est aussi sa nature : ce que vous avez appris, ce que vous savez faire, votre expérience, et ce que le poste exige.

Voilà comment des personnes qualifiées peuvent chercher un emploi pendant que des entreprises cherchent des salariés, sans que les deux puissent immédiatement travailler ensemble.

On retrouve notre problème d’appariement.

Et les besoins des entreprises évoluent. Une personne peut avoir appris à utiliser une machine, puis devoir travailler sur un équipement différent. Un métier peut intégrer de nouveaux logiciels, de nouvelles techniques, de nouvelles normes.

Les compétences acquises restent parfois utiles, mais elles doivent être complétées.

Les travailleurs ne peuvent pas se mettre à jour comme un logiciel pendant la nuit. Et, vu certaines mises à jour, ce n’est peut-être pas plus mal.

Cette inadéquation peut donc contribuer au chômage structurel : même si les commandes sont là, même si les entreprises souhaitent embaucher, certaines personnes ne possèdent pas les qualifications recherchées pour les postes disponibles.

Alors, que fait-on ?

On peut attendre que les qualifications apparaissent spontanément. Mais on risque d’attendre longtemps.

Ou on peut former.

C’est le principe des politiques de formation : permettre aux personnes d’acquérir ou de compléter des qualifications pour mieux accéder à l’emploi et s’adapter à l’évolution des métiers.

Il y a d’abord la formation initiale, celle que l’on suit avant d’entrer dans la vie professionnelle.

C’est notamment ce que vous êtes en train de faire. Même si vous avez parfois le sentiment de simplement attendre la sonnerie.

L’école, les formations professionnelles, technologiques ou supérieures permettent d’acquérir des connaissances et des compétences. Certaines préparent directement à un métier. D’autres apportent des bases plus générales, qui permettront ensuite de se spécialiser et de continuer à apprendre.

L’éducation ne sert évidemment pas uniquement à préparer des travailleurs. Mais elle joue aussi ce rôle.

Et il ne s’agit pas seulement de former les jeunes aux besoins d’aujourd’hui. Il faut aussi leur permettre de s’adapter aux besoins de demain. Ce qui suppose une certaine modestie : nous ne savons pas exactement comment tous les métiers évolueront.

Il y a ensuite la formation continue, qui intervient au cours de la vie professionnelle.

Reprenons notre entreprise. Elle installe une nouvelle machine. Un salarié connaît déjà le métier, les matériaux, les règles de sécurité. Mais il doit apprendre à utiliser ce nouvel équipement.

Il n’est pas devenu incompétent pendant le week-end. Son travail a changé.

Une formation peut lui permettre de s’adapter et de conserver son emploi.

Et une personne au chômage peut, elle aussi, se former pour accéder à un poste.

Imaginons qu’une entreprise recherche un technicien de maintenance. Un candidat possède déjà des compétences en mécanique, mais il lui manque des connaissances en automatisme. Une formation adaptée peut réduire cet écart et rendre le recrutement possible.

Vous voyez le mécanisme ? Le poste existe. La personne souhaite travailler. La formation apporte ce qui manquait pour que la rencontre puisse se faire.

Parfois, le changement est plus important : il faut apprendre un autre métier. On parle alors de reconversion professionnelle.

L’objectif est toujours de rapprocher les qualifications disponibles de celles qui sont recherchées. Et donc d’améliorer l’appariement entre l’offre et la demande de travail.

Cela peut réduire une partie du chômage structurel.

Une partie, oui. Former quelqu’un ne crée pas automatiquement un poste. Il faut que la formation corresponde à des possibilités d’emploi, et que la personne puisse réellement la suivre.

Mais vous voyez pourquoi nous parlons de formation juste après l’inadéquation des qualifications : la réponse découle du problème.

Quand les entreprises manquent de commandes, on peut soutenir la demande. Quand un recrutement bloque parce qu’il manque certaines qualifications, on peut agir sur la formation.

Envoyer davantage de clients à une entreprise ne lui fournit pas automatiquement un soudeur. Et former un soudeur ne lui fournit pas automatiquement des clients.

Il faut donc comprendre ce qui manque.

Nous avons maintenant rencontré trois problèmes d’appariement : les frictions, les inadéquations spatiales et les inadéquations de qualifications.

Il faut se trouver, pouvoir se rejoindre et disposer des qualifications nécessaires.

Mais même lorsque ces conditions sont réunies, tout n’est pas réglé. L’employeur ne sait pas forcément comment le candidat travaillera une fois embauché.

Et cette incertitude peut, elle aussi, modifier ses décisions.

C’est ce que nous allons examiner ensuite.

 

 

 

 

 

 

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