Flexibiliser le marché du travail (2) : assouplir quoi, et pourquoi ?
« Il faut flexibiliser le marché du travail. »
Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase. Elle sonne comme une solution rapide au problème de l'emploi en France.
Le problème, c’est qu’on ne sait pas encore très bien ce qu’elle
propose. Et il faut toujours faire attention aux solutions simplistes. Et puis, je le dis, parce que je viens de la lire, cette phrase, à peu de choses près de la part d'une personnalité politique en course pour la présidence.
Rendre quoi plus flexible ? Les salariés ? On leur fait faire des étirements avant qu'ils prennent leur poste ?
Pouf pouf ...
Flexibiliser le marché du travail, c’est faciliter
certains ajustements : ceux des effectifs, du temps de travail ou des
rémunérations.
Et, précision importante : flexibiliser ne signifie pas nécessairement
supprimer des règles. Un accord organisant des variations du temps de travail
est lui-même une règle.
Prenons une entreprise imaginaire qui fabrique des meubles. Son activité
varie : certaines périodes sont chargées, d’autres beaucoup moins.
Première possibilité : ajuster le nombre de personnes qui travaillent dans
l’entreprise.
Cela peut passer par des recrutements, le recours à des contrats
temporaires ou, lorsque l’activité diminue durablement, des réductions
d’effectifs.
On parle de flexibilité quantitative externe. Quantitative, parce
que l’on ajuste une quantité de travail. Externe, parce que des personnes
entrent dans l’entreprise ou en sortent.
Une politique de flexibilisation peut donc assouplir certaines procédures
ou rendre les conditions d’une séparation plus prévisibles.
Le raisonnement est le suivant : si l’employeur sait qu’il pourra adapter
ses effectifs demain, il peut hésiter moins à recruter aujourd’hui.
C’est le mécanisme attendu. Cela ne signifie pas qu’un recrutement se
déclenche dès qu’on assoupli le droit du travail.
Deuxième possibilité : conserver les salariés, mais faire varier leur temps
de travail.
Notre fabricant de meubles peut avoir besoin de davantage d’heures lorsque
les commandes affluent, et de moins d’heures pendant les périodes creuses.
L’organisation du temps de travail peut permettre ces adaptations, dans un
cadre défini.
C’est la flexibilité quantitative interne. Interne, parce qu’on
s’adapte avec les salariés déjà présents.
Retenez la différence : dans un cas, on change les effectifs ; dans
l’autre, on ajuste le volume d’heures travaillées.
Et vous voyez que davantage de flexibilité ne signifie pas toujours
davantage de licenciements. Une adaptation du temps de travail peut justement
permettre d’en éviter.
Troisième possibilité : faire varier les rémunérations.
C’est la flexibilité salariale. Une partie du salaire peut, par
exemple, dépendre de résultats. Des réformes peuvent aussi chercher à faciliter
les ajustements de rémunération en modifiant les règles qui les encadrent.
Nous retrouvons notre raisonnement sur le coût du travail : une
rémunération moins élevée peut rendre certaines embauches plus rentables.
Mais le salaire est aussi un revenu et une incitation. Vous commencez à
connaître le problème : il refuse obstinément de n’être qu’une ligne de dépense
pour l’employeur.
Nous regarderons les conséquences dans l’épisode suivant.
Pour l’instant, retenez ces trois formes : ajuster les effectifs,
ajuster les heures, ajuster les rémunérations.
Leur objectif est de permettre aux entreprises de s’adapter plus facilement
et, dans certains cas, de réduire les obstacles à l’embauche.
Mais ces moyens ne sont pas équivalents. Réorganiser des horaires et
supprimer un poste, ce n’est pas exactement la même expérience pour le salarié.
Il faut donc toujours demander : quelle flexibilité ? Dans quelles
conditions ? Et avec quelles conséquences ?
Parce qu’une entreprise plus facile à réorganiser n’est pas automatiquement
une économie où tout le monde trouve un emploi.
C’est précisément ce qu’il nous reste à examiner.



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