Flexibiliser le marché du travail (2) : assouplir quoi, et pourquoi ?

 

Dans In the Air, George Clooney incarne un professionnel du licenciement. De quoi s’interroger sur les règles qui encadrent la rupture du contrat de travail et protègent les salariés.


« Il faut flexibiliser le marché du travail. »

Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase. Elle sonne comme une solution rapide au problème de l'emploi en France. 

Le problème, c’est qu’on ne sait pas encore très bien ce qu’elle propose. Et il faut toujours faire attention aux solutions simplistes. Et puis, je le dis, parce que je viens de la lire, cette phrase, à peu de choses près de la part d'une personnalité politique en course pour la présidence. 

Rendre quoi plus flexible ? Les salariés ? On leur fait faire des étirements avant qu'ils prennent leur poste ? 

Pouf pouf ... 

Flexibiliser le marché du travail, c’est faciliter certains ajustements : ceux des effectifs, du temps de travail ou des rémunérations.

Et, précision importante : flexibiliser ne signifie pas nécessairement supprimer des règles. Un accord organisant des variations du temps de travail est lui-même une règle.

Prenons une entreprise imaginaire qui fabrique des meubles. Son activité varie : certaines périodes sont chargées, d’autres beaucoup moins.

Première possibilité : ajuster le nombre de personnes qui travaillent dans l’entreprise.

Cela peut passer par des recrutements, le recours à des contrats temporaires ou, lorsque l’activité diminue durablement, des réductions d’effectifs.

On parle de flexibilité quantitative externe. Quantitative, parce que l’on ajuste une quantité de travail. Externe, parce que des personnes entrent dans l’entreprise ou en sortent.

Une politique de flexibilisation peut donc assouplir certaines procédures ou rendre les conditions d’une séparation plus prévisibles.

Le raisonnement est le suivant : si l’employeur sait qu’il pourra adapter ses effectifs demain, il peut hésiter moins à recruter aujourd’hui.

C’est le mécanisme attendu. Cela ne signifie pas qu’un recrutement se déclenche dès qu’on assoupli le droit du travail.

Deuxième possibilité : conserver les salariés, mais faire varier leur temps de travail.

Notre fabricant de meubles peut avoir besoin de davantage d’heures lorsque les commandes affluent, et de moins d’heures pendant les périodes creuses.

L’organisation du temps de travail peut permettre ces adaptations, dans un cadre défini.

C’est la flexibilité quantitative interne. Interne, parce qu’on s’adapte avec les salariés déjà présents.

Retenez la différence : dans un cas, on change les effectifs ; dans l’autre, on ajuste le volume d’heures travaillées.

Et vous voyez que davantage de flexibilité ne signifie pas toujours davantage de licenciements. Une adaptation du temps de travail peut justement permettre d’en éviter.

Troisième possibilité : faire varier les rémunérations.

C’est la flexibilité salariale. Une partie du salaire peut, par exemple, dépendre de résultats. Des réformes peuvent aussi chercher à faciliter les ajustements de rémunération en modifiant les règles qui les encadrent.

Nous retrouvons notre raisonnement sur le coût du travail : une rémunération moins élevée peut rendre certaines embauches plus rentables.

Mais le salaire est aussi un revenu et une incitation. Vous commencez à connaître le problème : il refuse obstinément de n’être qu’une ligne de dépense pour l’employeur.

Nous regarderons les conséquences dans l’épisode suivant.

Pour l’instant, retenez ces trois formes : ajuster les effectifs, ajuster les heures, ajuster les rémunérations.

Leur objectif est de permettre aux entreprises de s’adapter plus facilement et, dans certains cas, de réduire les obstacles à l’embauche.

Mais ces moyens ne sont pas équivalents. Réorganiser des horaires et supprimer un poste, ce n’est pas exactement la même expérience pour le salarié.

Il faut donc toujours demander : quelle flexibilité ? Dans quelles conditions ? Et avec quelles conséquences ?

Parce qu’une entreprise plus facile à réorganiser n’est pas automatiquement une économie où tout le monde trouve un emploi.

C’est précisément ce qu’il nous reste à examiner.

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