Flexibiliser le marché du travail (3) : davantage d’emplois, mais avec quelles conséquences ?

 

Dans Les Temps modernes, Charlot retrouve du travail sans parvenir à stabiliser sa situation. Ses mésaventures font écho à une distinction essentielle : accéder à un emploi ne signifie pas nécessairement sortir durablement de la précarité.


Nous avons donc vu plusieurs manières de flexibiliser le marché du travail : faire varier les effectifs, les heures travaillées ou les rémunérations.

L’objectif peut être de rendre les entreprises moins hésitantes à embaucher.

Je sors un peu du cadre de la réflexion sur les politiques de l'emploi mais une politique économique produit rarement un seul effet. On touche quelque chose d’un côté, et cela peut bouger de l’autre. C’est moins reposant qu’un bouton marqué « réduire le chômage ».

Commençons par les embauches et les licenciements.

Si les entreprises peuvent se séparer plus facilement de leurs salariés, elles peuvent prendre plus facilement le risque de recruter. Mais elles peuvent aussi supprimer des emplois plus facilement aussi.

Nous pouvons donc avoir davantage d’embauches et davantage de pertes d’emploi.

Pour comprendre l’effet sur le chômage, il faut regarder les deux.

Imaginez une salle d’attente. Si davantage de personnes en sortent, c’est encourageant. Mais si davantage de personnes y entrent aussi, elle ne se vide pas nécessairement.

Sur le marché du travail, on parle de flux : les passages entre emploi, chômage et inactivité. Accélérer ces mouvements ne garantit pas, à lui seul, de réduire le nombre de chômeurs.


Deuxième difficulté : la flexibilité peut être très inégalement répartie.

Une entreprise peut conserver un noyau de salariés en emploi stable et répondre aux variations d’activité avec des contrats courts.

Pour certains, la stabilité. Pour d’autres, une succession de contrats, parfois séparés par du chômage.

On parle alors de segmentation du marché du travail : des groupes de travailleurs connaissent des situations et des perspectives différentes.

Et l’incertitude ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise. Elle peut compliquer la recherche d’un logement, les projets familiaux ou l’organisation des dépenses.

Essayez d’expliquer à votre propriétaire que vous bénéficiez d’une grande flexibilité professionnelle. Il risque de vous demander une traduction en virements mensuels.

Les relations de travail très courtes peuvent aussi rendre moins intéressant, pour l’entreprise, l’investissement dans une formation longue. Cela peut limiter l’acquisition de compétences.


Troisième difficulté : ce qui réduit un coût pour une entreprise peut réduire un revenu pour les ménages.

Si la flexibilité salariale conduit à des baisses de rémunération, certaines embauches peuvent devenir plus rentables. Mais si ces baisses sont nombreuses, les dépenses des ménages peuvent aussi ralentir.

Moins de dépenses, moins de commandes : vous reconnaissez le mécanisme du chômage conjoncturel.

Et rappelez-vous le salaire d’efficience : une rémunération plus faible peut aussi modifier la motivation des salariés ou leur envie de rester dans l’entreprise. Une économie sur les salaires n’est donc pas nécessairement un gain équivalent pour l’employeur.

Cela ne veut pas dire que toute flexibilisation échoue. Cela veut dire qu’il faut examiner ses différents effets.

Il faut aussi préciser de quelle flexibilité nous parlons. Une organisation permettant d’ajuster les heures peut préserver des emplois. Une utilisation accrue de contrats très courts peut déplacer davantage le risque vers les salariés.

Mettre tout cela dans le même sac n’aide pas beaucoup à comprendre. Même avec une belle étiquette « réforme du marché du travail ».

La question est donc de savoir quels ajustements faciliter, avec quelles protections et pour quels résultats.

On peut chercher à permettre aux entreprises de s’adapter tout en accompagnant les travailleurs qui changent d’emploi. Nous reviendrons sur cette possibilité dans la conclusion.

Pour l’instant, gardez ceci : davantage de souplesse peut favoriser certaines embauches, mais son effet sur le chômage et la qualité des emplois dépend de la manière dont elle est organisée.


Et cela nous ramène à l’ensemble du chapitre : avant de choisir une politique, encore faut-il comprendre le problème auquel on veut répondre. Chômage conjoncturel ou chômage structurel... Et si chômage structurel... Lequel ?


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