Le coût du travail (2) : alléger les cotisations pour favoriser l’emploi ?
https://www.lanouvellerepublique.fr/france-monde/nos-lecteurs-dialoguent-sur-le-systeme-de-sante-plus-complexe-et-moins-solidaire
Dans
l’épisode précédent, nous avons laissé notre boulanger devant un calcul qui ne
passait pas.
Une embauche
lui coûterait 2 600 euros par mois. Mais les ventes supplémentaires, après
paiement des autres dépenses, ne lui laisseraient que 2 400 euros pour financer
cet emploi.
Il manque 200
euros.
Alors,
comment rendre cette embauche possible sans demander au candidat de gagner
moins ?
Une réponse
consiste à réduire les cotisations sociales patronales. C’est l’un des moyens
utilisés dans les politiques d’allègement du coût du travail.
Reprenons
notre exemple fictif. Les pouvoirs publics accordent un allègement de 300
euros. L’emploi ne coûte plus 2 600 euros à l’entreprise, mais 2 300.
Cette fois,
les 2 400 euros attendus permettent de couvrir son coût. L’embauche devient
envisageable.
Et le salarié
? Son salaire brut n’a pas changé. Son salaire net non plus. Ce sont les
cotisations versées par l’employeur qui ont diminué.
Voilà l’idée
: réduire
le coût pour l’entreprise sans réduire la rémunération du salarié.
On retrouve
notre demande de travail. Certaines embauches deviennent plus rentables, les
entreprises peuvent demander davantage de travail, et des emplois peuvent être
créés ou préservés.
C’est le
mécanisme attendu. Gardez bien le fil : cotisations patronales plus faibles,
coût du travail plus faible, certaines embauches plus intéressantes pour les
entreprises.
Pourquoi ces
politiques ciblent-elles notamment les bas salaires ?
Parce qu’on
cherche à favoriser les emplois pour lesquels le coût du travail risque de
dépasser ce que l’entreprise attend de la production supplémentaire. C’est
notamment le raisonnement utilisé pour soutenir l’emploi des personnes peu
qualifiées.
Attention :
on ne mesure pas ici l’utilité sociale d’une personne. On regarde ce que son
travail permet à l’entreprise de produire et de vendre. Ce n’est pas la même
question.
Et, près du
salaire minimum, l’entreprise ne peut pas simplement diminuer le salaire comme
elle le souhaite. L’allègement des cotisations permet d’agir sur le coût de
l’emploi en conservant ce plancher de rémunération.
Mais alors,
ça fonctionne ?
Les
évaluations françaises ont mis en évidence des effets favorables sur l’emploi
pour certains allègements ciblés sur les bas salaires. Cela ne signifie pas que
tous les dispositifs produisent les mêmes résultats.
Et surtout,
une baisse de cotisations ne déclenche pas automatiquement une embauche.
Reprenons
notre boulanger. S’il n’a aucun client supplémentaire, il ne va pas forcément
recruter quelqu’un parce que cela coûte moins cher.
« Je n’ai
rien à vous faire faire, mais vous êtes en promotion. »
Ce n’est pas
exactement un projet de développement.
Autre
possibilité : il avait déjà décidé d’embaucher. L’allègement arrive. Il le
prend. Il est content. On le comprend.
Mais cette
embauche aurait eu lieu même sans l’aide. On parle alors d’un effet
d’aubaine : l’entreprise bénéficie du dispositif sans créer,
grâce à lui, un emploi supplémentaire.
Il faut donc
distinguer les emplois qui bénéficient d’un allègement et ceux qui existent
grâce à cet allègement.
Retenez
toutefois l’objectif : rendre certaines embauches rentables, ou préserver
certains emplois, en réduisant leur coût pour l’employeur.
Une dernière
remarque, pour ouvrir un peu la réflexion. Agir sur le coût du travail peut
passer par les salaires, par les cotisations sociales, ou par les deux. Mais
les conséquences ne sont pas les mêmes.
Baisser les
salaires touche au revenu des travailleurs. Réduire les cotisations pose la
question du financement de la protection sociale. Les retraites ne deviennent
pas gratuites parce qu’on a supprimé une ligne sur la fiche de paie.
Nous n’allons
pas développer cela ici. Mais, voilà une piste de réflexion: comment
favoriser l’emploi tout en préservant le revenu des salariés et leur protection
sociale ?
Dans le
prochain épisode, nous regarderons justement une règle qui encadre les
rémunérations : le salaire minimum.



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