Le salaire minimum (1) : protéger les salaires, au risque de freiner l’emploi ?
Dans les épisodes précédents, nous avons vu qu’une entreprise compare ce
qu’un salarié lui coûte et ce que son travail peut lui rapporter.
Et nous avons distingué le salaire reçu par le travailleur du coût total de
son emploi pour l’entreprise. Vous vous rappelez ? Le net, le brut, les
cotisations… Cette merveilleuse poésie de la fiche de paie.
Nous allons maintenant examiner une règle qui intervient directement dans
ce calcul : le salaire minimum.
En France, c’est le SMIC, le salaire minimum interprofessionnel de
croissance. Il fixe un plancher de rémunération horaire, sous réserve de
quelques exceptions que nous ne développerons pas ici.
Un plancher. On peut négocier au-dessus. En dessous, normalement, on ne
descend pas. Sinon, ce n’est plus un plancher, c’est une trappe.
Pourquoi fixer ce minimum ?
Parce qu’une personne qui a besoin de travailler pour vivre n’est pas
toujours en position de négocier son salaire. Elle peut accepter une
rémunération très faible faute de meilleure possibilité.
Le salaire minimum vise donc à protéger les travailleurs les moins
rémunérés. C’est une institution du marché du travail, c’est-à-dire une
règle qui encadre son fonctionnement.
Mais nous étudions ici le chômage. Notre question est donc : cette
protection peut-elle aussi empêcher certaines embauches ?
Reprenons notre modèle concurrentiel. Les travailleurs offrent leur
travail. Les entreprises en demandent. Au salaire réel d’équilibre, les
quantités offertes et demandées correspondent.
Supposons maintenant qu’un salaire minimum impose une rémunération
supérieure à ce niveau d’équilibre, pour un niveau des prix donné.
Du côté des travailleurs, cette rémunération plus élevée incite davantage
de personnes à proposer leur travail. Nous retrouvons notre arbitrage entre
travail et loisir.
Du côté des entreprises, certaines embauches deviennent moins rentables.
Elles souhaitent donc demander moins de travail.
Davantage de travail offert, moins de travail demandé : certaines personnes
souhaitent travailler au salaire proposé, mais ne trouvent pas d’emploi.
Dans ce modèle, un salaire minimum supérieur au
salaire d’équilibre peut donc provoquer du chômage involontaire.
Et ce chômage est structurel : il ne vient pas ici d’une baisse temporaire
des commandes, mais d’une règle qui encadre durablement le marché du travail.
Prenons notre boulangerie. Oui, elle est toujours ouverte. Elle a même
survécu à plusieurs épisodes d’économie.
Le boulanger envisage de recruter pour développer son activité. Mais si le
coût de cette embauche dépasse ce que les ventes supplémentaires peuvent lui
rapporter, il peut y renoncer.
Cela ne signifie pas que le candidat manque de bonne volonté. Ni que son
travail serait inutile. Cela signifie que, dans les conditions envisagées,
l’entreprise ne trouve pas l’embauche rentable.
Attention toutefois à ne pas raccourcir le raisonnement jusqu’à le
déformer.
Ce n’est pas la simple existence d’un salaire minimum
qui produit cet effet dans notre modèle. C’est son niveau par rapport au
salaire d’équilibre.
S’il est inférieur aux rémunérations que les entreprises auraient versées
de toute façon, il ne les oblige pas à augmenter les salaires.
Et nous l’avons déjà vu : un coût du travail doit aussi être comparé à ce
que le travail permet de produire. Un salarié mieux payé peut être très
productif. Regarder uniquement son salaire ne suffit pas.
Voilà donc un premier mécanisme : un salaire minimum contraignant peut
rendre certaines embauches moins rentables et réduire l’emploi.
Mais ce raisonnement repose sur notre modèle concurrentiel. Il faut
maintenant regarder ce qui se passe lorsque ses hypothèses ne correspondent pas
tout à fait à la réalité.
Et là, les résultats deviennent moins automatiques.
C’est ce que nous allons voir dans le prochain épisode.
Annexe Le problème du salaire minimum en graphique

Dans notre modèle du marché du travail, lorsque le SMIC est supérieur au salaire d’équilibre, les entreprises demandent une quantité de travail plus faible, tandis que les travailleurs souhaitent en offrir davantage. La quantité de travail offerte dépasse alors la quantité demandée : cet excédent d’offre correspond à du chômage, car certaines personnes souhaitent travailler au salaire minimum sans trouver d’emploi.



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