Le taux d’emploi : quand le taux de chômage ne suffit pas

 



Dans l’épisode précédent, nous avons appris à mesurer le chômage.

Nous savons maintenant ce qu’est un chômeur.

Nous savons calculer un taux de chômage.

Très bien.

Prenons maintenant deux pays.

La France et l’Italie.

En 2025, le taux de chômage était de 7,6 % en France, contre 6,1 % en Italie.

Réunion d’experts sur une chaîne d’information en continu.

« Regardez l’Italie. Ils ont moins de chômage que nous. Ils font mieux. »

Voilà.

L’affaire est réglée.

Enfin…

Pas tout à fait.

Parce qu’on vient de commettre une erreur assez classique.

On a utilisé un indicateur pour lui faire dire quelque chose qu’il ne dit pas.

Le taux de chômage nous indique la proportion des actifs qui cherchent un emploi sans en trouver.

Mais il ne nous dit pas quelle proportion de l’ensemble de la population travaille réellement.

Et si l’on veut répondre à cette question, il nous faut un autre indicateur :

le taux d’emploi.

Le taux d’emploi correspond à la proportion d’une population qui occupe effectivement un emploi.

Pour nos comparaisons européennes, nous allons prendre les personnes âgées de 20 à 64 ans.

Et nous garderons cette tranche d’âge jusqu’au bout.

Autrement dit :

Taux d’emploi des 20-64 ans = personnes de 20 à 64 ans en emploi / population des 20-64 ans × 100

Au dénominateur, on retrouve donc tout le monde dans cette tranche d’âge :

les personnes qui travaillent,

les chômeurs,

mais aussi les inactifs.

Et là, regardons de nouveau la France et l’Italie.

En 2025, le taux d’emploi des 20-64 ans était de 75,4 % en France.

En Italie : 67,6 %.

Près de huit points d’écart.

Donc reprenons notre réunion d’experts.

L’Italie avait bien un taux de chômage plus faible que la France.

Mais cela ne signifiait absolument pas qu’une plus grande proportion de sa population travaillait.

C’était même l’inverse.

Pourquoi ?

Parce qu’une personne qui ne travaille pas n’est pas nécessairement au chômage.

Elle peut aussi être inactive.

Elle n’a pas d’emploi, mais elle n’est pas comptée parmi les chômeurs parce qu’elle ne recherche pas activement un emploi ou parce qu’elle n’est pas disponible pour travailler.

Voilà donc la différence essentielle.

Le taux de chômage mesure la difficulté des actifs à trouver un emploi.

Le taux d’emploi mesure la proportion d’une population qui travaille effectivement.

Et l’exemple franco-italien montre bien pourquoi il faut être prudent lorsque l’on compare seulement les taux de chômage.

Mais on peut aller encore un peu plus loin.

Parce que derrière un taux d’emploi moyen se cachent, là encore, des différences importantes.

Prenons les hommes et les femmes.

Toujours les 20-64 ans.

En France, en 2025, le taux d’emploi était de 78,3 % chez les hommes, contre 72,6 % chez les femmes.

L’écart est donc de 5,7 points.

Regardons maintenant l’Italie.

Chez les hommes, le taux d’emploi est d’environ 77,1 %.

Chez les femmes : seulement 58 %.

Et là, la différence est spectaculaire.

L’écart entre les hommes et les femmes atteint 19,1 points en Italie.

Contre 5,7 points en France.

Mais il y a peut-être encore plus parlant.

Comparons directement les hommes des deux pays.

78,3 % en France.

77,1 % en Italie.

Finalement, quasiment la même chose.

Maintenant les femmes.

72,6 % en France.

58 % en Italie.

Près de 15 points d’écart.

Autrement dit, une grande partie de l’écart de taux d’emploi entre la France et l’Italie se retrouve du côté de l’emploi des femmes.

Et là, évidemment, de nouvelles questions apparaissent.

Pourquoi les femmes sont-elles moins souvent en emploi que les hommes ?

Pourquoi cet écart est-il relativement limité en France et beaucoup plus important en Italie ?

Est-ce lié à la garde des enfants ?

À la répartition du travail domestique ?

Aux normes sociales ?

À l’organisation du marché du travail ?

Aux politiques publiques ?

Pour l’instant, je ne réponds pas.

Je constate.

Et ce constat suffit déjà à montrer une chose importante :

le taux d’emploi ne sert pas seulement à savoir combien de personnes travaillent.

Il peut aussi faire apparaître des inégalités d’accès à l’emploi.

Alors…

Avons-nous enfin trouvé l’indicateur parfait ?

Évidemment que non.

Parce qu’avoir un emploi ne signifie pas nécessairement travailler beaucoup.

On peut travailler 35 heures.

20 heures.

10 heures.

Et être compté dans tous les cas comme une personne en emploi.

Il va donc falloir regarder maintenant non seulement si les personnes travaillent…

mais aussi combien elles travaillent.

Et pour cela, nous allons partir d’un pays qui, en matière de taux d’emploi, fait plutôt figure de champion européen :

les Pays-Bas.

Et c’est là que le temps partiel va entrer en scène.


Emmanuel H.

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