Soutenir la demande : oui, mais ça ne marche pas sur commande

 

Une belle image (1) pour illustrer la place de la femme en politique au début des années 80, (2) pour rappeler que , même avec toute la bonne volonté du monde, un plan de relance de la demande ne fonctionne pas toujours. A vous de retrouver le président (j'espère que ça ne pose pas de problème) et le premier ministre. 


Dans l’épisode précédent, nous avons vu comment les pouvoirs publics peuvent soutenir la demande pour lutter contre le chômage conjoncturel. Avec deux instruments : la politique budgétaire et la politique monétaire.

Bon. Ça avait l’air de fonctionner assez proprement. On soutient les dépenses, les entreprises reçoivent des commandes, elles produisent davantage et elles embauchent.

On pourrait s’arrêter là. D’ailleurs, pour comprendre le mécanisme, c’est déjà bien.

Mais je vous propose un petit supplément. Vous n’aviez rien demandé. C’est généralement le principe des suppléments dans mes cours.

Parce qu’entre décider d’une politique et obtenir le résultat espéré, il se passe des choses. Notamment ceci : les gens font ce qu’ils veulent. Dans la limite de ce qu’ils peuvent, évidemment.

Imaginons que l’État vous verse une aide. L’objectif est que vous dépensiez davantage. Mais vous, vous craignez de perdre votre emploi. Alors, cet argent, vous le mettez de côté.

C’est compréhensible. Sauf que l’argent sur votre compte ne devient pas immédiatement une commande pour une entreprise. Vous avez davantage de sécurité. L’entreprise, elle, attend toujours son client.

Même problème avec la politique monétaire. La banque centrale baisse ses taux, le crédit devient moins cher. Très bien. Mais une entreprise qui manque déjà de clients ne va pas forcément emprunter pour acheter une machine.

Elle peut déjà en avoir une qui ne sert pas beaucoup. Une deuxième lui tiendrait compagnie, mais ce n’est pas exactement un projet d’investissement.

Vous voyez ? Les anticipations sont toujours là. Elles ne sont pas parties pendant le changement d’épisode.

Maintenant, imaginons que ça fonctionne : les ménages consomment davantage, les entreprises investissent. Les commandes arrivent.

Il faut encore pouvoir y répondre.

Reprenons notre boulangerie. Elle a un four, des salariés, et elle tourne déjà à plein régime. Si les clients veulent deux fois plus de pain, le boulanger ne va pas doubler sa production simplement en fronçant les sourcils.

Il lui faut du matériel, du personnel, du temps.

Et c’est là qu’apparaît le risque d’inflation : si les dépenses augmentent plus vite que les quantités que les entreprises peuvent produire, les prix peuvent monter.

Cela concerne la politique budgétaire, quand les dépenses publiques ou les aides stimulent les achats. Mais aussi la politique monétaire.

Rappelez-vous son mécanisme : des taux plus bas peuvent rendre le crédit moins cher. Les ménages empruntent pour acheter, les entreprises pour investir. Cela soutient la demande. C’est le but.

Sauf que le crédit peut devenir moins cher avant que les usines puissent produire davantage.

Une politique monétaire trop expansionniste par rapport aux capacités de production risque donc d’alimenter davantage la hausse des prix que celle de la production et de l’emploi.

La banque centrale facilite le financement. Elle ne livre pas les fours. Chacun son métier.

C’est une partie de ce qui s’est passé aux États-Unis pendant la reprise de 2021-2022 : les aides publiques et des conditions de financement très favorables ont soutenu les dépenses, alors que la production et les approvisionnements restaient perturbés. Ce soutien a contribué à l’inflation.

 

Et puis il y a une autre question : quand nous dépensons davantage, à qui achetons-nous ?

Vous recevez une aide et vous achetez un appareil fabriqué à l’étranger. Vous avez consommé. L’objectif est donc en partie atteint. Mais une partie de la production et des emplois soutenus se trouve dans un autre pays.

Il reste de l’activité ici, pour le commerce ou le transport, par exemple. Mais tout l’argent dépensé ne fait pas travailler les producteurs français.

Et là, je ressors mes vieux cours de vieux prof.

En 1981, François Mitterrand vient d’être élu. Le gouvernement de Pierre Mauroy relance l’économie, notamment en augmentant certaines prestations sociales et le salaire minimum. L’idée est de soutenir le pouvoir d’achat, la consommation et l’activité.

Mais l’inflation est déjà élevée. Plusieurs partenaires économiques cherchent, eux, à freiner la demande. Et une partie des achats supplémentaires porte sur des importations.

La France rencontre des difficultés commerciales et des tensions sur sa monnaie : le franc.

Oui, le franc. L’euro n’avait pas encore été invité.

La France appartient toutefois déjà au Système monétaire européen, qui encadre les variations entre les monnaies participantes. Sans entrer dans les détails, il faut aussi défendre la valeur du franc. Et cela limite les possibilités de relance.

La rigueur, amorcée en 1982, est renforcée en 1983. On cherche désormais à freiner la demande pour réduire les déséquilibres.

Je vous épargne le détail des mesures. Vous avez une vie.

Mais gardez cette idée : une politique décidée en France dépend aussi de ce qui se passe chez les voisins.

 

Enfin, la relance budgétaire pose la question de son financement. Dépenser davantage ou prélever moins peut creuser le déficit et accroître la dette publique. Cela compte aussi, même si toute la dette ne vient évidemment pas des relances.

 

Bon. Avec tout cela, vous allez me dire : « Alors, on ne fait rien ? »

Ce n’est pas ce que j’ai dit.

Ces politiques peuvent soutenir l’activité et l’emploi. Comprendre leurs limites permet de savoir quand les utiliser, comment les doser et pourquoi le résultat peut différer de ce qu’on attendait.

Et surtout, elles répondent à un problème précis : une demande insuffisante.

Si une entreprise a déjà des clients mais ne trouve pas les compétences dont elle a besoin, lui envoyer davantage de clients ne lui donnera pas les salariés qui lui manquent.

C’est une autre difficulté. Et c’est justement vers ces autres causes du chômage que nous allons maintenant nous tourner.

 

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