Comment l’innovation, en générant du progrès technique, soutient la croissance économique

 

Peut-on se passer du smartphone et du PC ? Par delà notre réflexion sur le rôle des innovations dans l'économie se posent les questions de l'impact des innovations sur le lien social et l'humain. 

Nous avons vu qu’une innovation pouvait prendre deux grandes formes.

L’innovation de procédé transforme la manière de produire.

L’innovation de produit transforme ce qui est produit.

C’était déjà une belle affaire. Deux colonnes, des exemples, un peu d’ordre dans le chaos économique. On était presque heureux.

Mais il faut maintenant avancer d’un cran.

Parce que si les innovations relèvent du progrès technique, elles ne restent pas tranquillement dans les manuels scolaires. Elles produisent des effets dans l’économie réelle. Elles transforment les entreprises, les marchés, les emplois, les façons de consommer et de produire.

Bref, elles peuvent soutenir la croissance économique, c’est-à-dire l’augmentation durable de la production de biens et de services.

Et elles le font de deux manières principales.

D’abord, les innovations de procédé peuvent agir sur l’offre globale.

Ensuite, les innovations de produit peuvent agir sur la demande globale.

Offre globale, demande globale : voilà, on commence à sortir les grands mots. Voire les gros mots pour ceux qui ont été traumatisés par l'étude du fonctionnement des marchés.

L’offre globale, c’est l’ensemble des biens et services que les entreprises sont capables de proposer dans une économie.

Quand une innovation de procédé apparaît, elle permet souvent de produire plus efficacement : plus vite, avec moins d’erreurs, moins de gaspillage, parfois avec moins de travail pénible, pas toujours, e surtout avec moins de coûts !


Prenons l’ordinateur.

Au départ, l’ordinateur transforme surtout la manière de travailler dans les grandes organisations. Il permet de traiter des données, de faire des calculs, de gérer des stocks, de suivre des commandes, d’organiser la production, de tenir la comptabilité, de communiquer plus rapidement.

Ce n’est pas seulement un bel objet posé sur un bureau.

C’est un outil qui modifie les procédés.

Une entreprise équipée d’ordinateurs peut mieux coordonner ses activités. Une banque peut traiter plus d’opérations. Une administration peut gérer plus de dossiers. Une usine peut organiser plus précisément sa production.

On produit autrement.

Et souvent, on produit davantage.

C’est là que l’innovation de procédé soutient l’offre globale : elle augmente la capacité de production des entreprises. À quantité de travail et de capital donnée, ou presque, on peut obtenir plus de biens ou de services, parce que l’organisation productive devient plus efficace.

Dit plus simplement : les entreprises sont mieux armées pour produire.

Pas avec des épées ou des pistolets.. Je le dis parce qu'il y a toujours un ou deux neuneux qui me lisent ou m'écoute.

Avec des logiciels.

C’est moins chevaleresque, mais souvent plus rentable.


Ce mécanisme vaut aussi pour le smartphone quand il devient un outil professionnel.

Au départ, le smartphone est un produit vendu aux consommateurs. Mais une fois qu’il entre dans les entreprises, il transforme aussi les procédés de travail. Les livreurs l’utilisent pour organiser leurs tournées. Les artisans pour envoyer des photos et des devis. Les commerciaux pour suivre leurs clients. Les chauffeurs pour localiser une adresse. Les soignants pour transmettre des informations. Les techniciens pour intervenir plus vite.

Ce petit objet, qui devait peut-être nous simplifier la vie, finit donc par modifier la manière de produire des services.

Avec une efficacité certaine.

Et une capacité assez remarquable à nous faire consulter nos notifications toutes les trois minutes. Mais c’est un autre sujet... Qu'on étudiera. 

L’innovation de procédé agit donc surtout du côté de l’offre : elle rend la production plus efficace, elle peut réduire les coûts, augmenter les quantités produites, améliorer la qualité ou accélérer les délais.


Mais l’innovation peut aussi jouer du côté de la demande.

La demande globale, c’est l’ensemble des achats de biens et de services réalisés dans une économie : par les ménages, les entreprises, les administrations, et aussi par le reste du monde lorsqu’il achète nos produits.

L’innovation de produit agit ici de manière assez directe : elle fait apparaître un nouveau bien, un nouveau service, ou une version suffisamment améliorée d’un produit existant pour donner envie de l’acheter.

Reprenons l’ordinateur.

À partir du moment où l’ordinateur devient un micro-ordinateur, puis un personal computer, il n’est plus seulement un outil de calcul ou de gestion pour les grandes organisations. Il devient un produit vendu aux entreprises, aux familles, aux étudiants, aux travailleurs indépendants.

De nouveaux marchés sont créés.

On achète des ordinateurs, puis des imprimantes, des logiciels, des jeux, des accessoires, des abonnements, des services de maintenance, des formations. Et, bien sûr, des câbles dont personne ne connaît vraiment le nom au moment où il faut les retrouver dans son supermarché Leclerc !

Le produit nouveau entraîne donc toute une série d’activités autour de lui.

Il stimule la demande.

Il donne envie d’acheter, d’équiper, de remplacer, d’améliorer, de compléter.

Même logique avec le smartphone.

Comme innovation de produit, il a ouvert des marchés immenses. On achète l’appareil, mais aussi des forfaits, des applications, des coques, des écouteurs, du stockage en ligne, des services de paiement, des plateformes de livraison, des abonnements de musique, de vidéo, de messagerie... Parce que l'on croit que c'est gratuit mais ça ne l'est pas vraiment.

Là encore, l’innovation de produit ne se contente pas d’ajouter un objet dans une vitrine.

Elle transforme les pratiques de consommation.

Elle crée de nouveaux besoins.

Ou elle rend visibles des besoins qui n’étaient pas encore formulés.

Avant le smartphone, personne ne se réveillait le matin en disant : “Mon vrai problème, c’est de ne pas pouvoir commander un repas, regarder une vidéo, envoyer un message vocal et comparer le prix des UGGS (les chaussures) en marchant dans la rue.”

Et pourtant.

Une fois l’objet disponible, les usages apparaissent, se diffusent, s’installent. La demande augmente. Les entreprises produisent davantage. De nouveaux secteurs se développent.

L’innovation de produit agit donc surtout du côté de la demande : elle attire des consommateurs, ouvre des marchés, transforme les usages et peut donner naissance à de nouvelles activités.

On peut ainsi résumer simplement.

L’innovation de procédé permet aux entreprises de mieux produire.

L’innovation de produit donne aux clients de nouvelles raisons d’acheter.

D’un côté, produire devient plus efficace et l'offre augmente

De l’autre, la demande peut s’élargir.

Et quand les deux se rencontrent, la croissance économique peut être stimulée.


Mais j'ai envie d'aller un peu plus loin.

Les grandes innovations, on dit les innovations radicales, arrivent rarement seules.

Une innovation importante entraîne souvent d’autres innovations autour d’elle. Les économistes parlent parfois d’innovations en grappe, ou en essaim.

Et l’image est assez bonne.

Une innovation radicale apparaît, puis tout un ensemble d’innovations complémentaires se développe autour d’elle.

L’ordinateur n’est pas seulement l’ordinateur.

C’est aussi les logiciels, les systèmes d’exploitation, les microprocesseurs,  Internet, les réseaux, les serveurs,  les imprimantes, les bases de données, les usages professionnels, les jeux vidéo, les services numériques.

Le smartphone n’est pas seulement le smartphone.

C’est aussi les écrans tactiles, les batteries, les applications, les plateformes, la géolocalisation, les paiements mobiles, les réseaux sociaux, les services de livraison, les objets connectés.

Un objet nouveau devient le centre d’un petit monde économique.

Puis d’un grand monde économique.

Puis d’un monde économique tellement vaste qu’on finit par se demander comment on faisait avant.

Réponse : on faisait autrement.

Parfois plus lentement.

Parfois plus calmement aussi... oserais-je plis intelligemment? Mais j'ai un doute et je sens que je m’égare.

Ces innovations en grappe peuvent soutenir fortement la croissance parce qu’elles multiplient les effets économiques. Elles ne créent pas seulement un produit. Elles créent des activités, des emplois, des investissements, des marchés, des usages, parfois même de nouvelles professions.

Les innovations radicales peuvent avoir des effets très puissants sur la croissance. Elles ne changent pas seulement un détail. Elles réorganisent une grande partie de l’économie.

Et l’innovation, au sens large, peut soutenir la croissance parce qu’elle agit sur les deux côtés de l’économie.

Elle peut améliorer l’offre, elle peut stimuler la demande.

Une bonne idée et c'est toute l'économie qui se met à bouger. 


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