Le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus

 

Un film qui avait eu son succès et qui, je trouve, a un peu mal vieilli... Mais il n'en reste pas moins qu'il montre comment une entreprise ou un secteur moins productif devient obsolète, licencie et génère des inégalités de revenu.


Nous avons vu que le progrès technique pouvait soutenir la croissance économique.

Il permet de produire plus efficacement, de créer de nouveaux produits. Il peut faire apparaître de nouveaux marchés. Il peut entraîner des grappes d’innovations.

Bref, présenté comme ça, c'est sympathique.

Sauf que l’économie, vous commencez à le savoir, aime rarement les histoires trop simples.

Le progrès technique peut créer de la richesse... Mais il ne distribue pas cette richesse de manière égale.

Certains agents économiques peuvent beaucoup gagner grâce aux innovations.

D’autres peuvent voir leur emploi, leur revenu ou leur territoire fragilisé.

Alors, comment le progrès technique peut-il engendrer des inégalités de revenus? 


Commençons par définir.

Les inégalités désignent des différences d’accès à des ressources ou à des avantages socialement valorisés. 

Les revenus correspondent à ce que les agents économiques perçoivent : revenus du travail, comme les salaires ; revenus du capital, comme les dividendes, les intérêts ou les loyers ; revenus mixtes pour les indépendants  (les artisans gagnent à la fois un revenu de leur capital et de leur travail); et, plus largement, revenus de transfert (les aides en simplifiant) si l’on parle du revenu disponible.

Ici, ce qui nous intéresse surtout, ce sont les inégalités de revenus primaires, c’est-à-dire les inégalités liées aux revenus perçus avant redistribution.

Les revenus du travail.

Les revenus du capital.

Les revenus mixtes des indépendants.

Autrement dit, avant que l’État ne vienne corriger une partie des écarts par les prestations sociales.

Les inégalités de revenus signifient donc que certains gagnent plus que d’autres, parfois beaucoup plus.


Ce n’est pas seulement une différence dans un tableau statistique.

C’est aussi une différence dans la capacité à consommer, à se loger, à épargner, à financer des études pour les enfants, à partir en vacances, à encaisser un accident de la vie.

Bref, les revenus ne sont pas seulement des chiffres.

Ils donnent accès à des possibilités. Ou les ferment.

Ils déterminent des chances de vie et des trajectoires de vie. 


Maintenant, la question est simple : comment le progrès technique peut-il creuser ces écarts ?

Et on peut répondre à trois niveaux.

D’abord, au niveau macroéconomique, c’est-à-dire à l’échelle de l’économie dans son ensemble : le progrès technique transforme la structure des emplois et des professions.

Ensuite, au niveau microéconomique, c’est-à-dire à l’échelle des entreprises et des individus : certains travailleurs, dirigeants ou propriétaires du capital captent davantage les gains de l’innovation.

Enfin, au niveau mésoéconomique, c’est-à-dire à l’échelle des secteurs, des branches ou des territoires : certaines activités et certains espaces deviennent plus dynamiques, tandis que d’autres déclinent.

Oui, “mésoéconomique” existe.

Je sais... On aurait pu choisir un mot plus... plus aimable (pas trouvé mieux).

Mais personne ne m’a consulté.

Le niveau mésoéconomique est un peu moins connu, mais il est très utile ici : il permet de comprendre que le progrès technique ne touche pas seulement des individus isolés ou l’économie entière. Il transforme entre le micro et le macro.


Au niveau macroéconomique : le progrès technique transforme la structure des professions

À l’échelle de l’économie entière, le progrès technique peut modifier la structure des professions.

Il ne supprime pas simplement du travail.

Il transforme les types de travail demandés.

Et c’est là que les inégalités peuvent apparaître.

Le progrès technique actuel est souvent favorable aux travailleurs qualifiés.

Pourquoi ?

Parce que beaucoup d’innovations, notamment numériques, complètent le travail des salariés les plus formés.

Un ingénieur peut utiliser un logiciel pour concevoir plus rapidement.

Un chercheur peut traiter davantage de données.

Un médecin peut s’appuyer sur de nouveaux outils de diagnostic.

Un cadre peut coordonner plus efficacement une équipe.

Un développeur peut produire plus vite avec de meilleurs outils.

Dans ces cas-là, le progrès technique augmente la productivité de travailleurs déjà qualifiés.

Et quand un travailleur devient plus productif, son revenu peut augmenter.

Ou, au moins, sa position sur le marché du travail devient plus favorable.

Il est plus demandé.

Il peut négocier.

Il peut changer d’entreprise.

Il peut accéder à des emplois mieux rémunérés.

De l’autre côté, certains travailleurs peuvent être fragilisés.

Ce sont souvent ceux dont les tâches sont répétitives, routinières, plus faciles à automatiser ou à remplacer par des machines, des logiciels ou des algorithmes.

Attention : “routinier” ne veut pas dire “facile”.

Cela veut dire que la tâche suit des procédures relativement stables, répétables, codifiables.

Un travail peut être difficile, fatigant, sérieux, et pourtant routinier.

C’est une nuance importante.

Parce que sinon, on raconte n’importe quoi avec beaucoup d’assurance.

Et cela arrive déjà suffisamment.

Les machines et les logiciels peuvent remplacer certaines tâches industrielles, administratives, comptables, logistiques, bancaires ou commerciales.

Pas forcément tous les métiers.

Mais certaines tâches.

Et quand une partie des tâches disparaît ou se transforme, les emplois peuvent être réorganisés.

Certains salariés doivent se reconvertir.

Certains acceptent des emplois moins bien rémunérés.

Certains connaissent le chômage.

Certains sortent durablement de l’emploi.

Et là, les inégalités de revenus peuvent augmenter.

On peut donc résumer le premier mécanisme ainsi :

Progrès technique
→ hausse de la demande de travail qualifié
→ salaires plus élevés pour certains travailleurs
→ fragilisation de travailleurs moins qualifiés ou occupant des tâches routinières
→ hausse possible des inégalités de revenus du travail

Ce mécanisme est souvent appelé progrès technique biaisé en faveur des travailleurs qualifiés.

C’est une expression un peu longue.

Mais l’idée est simple : le progrès technique ne profite pas également à tous les travailleurs. Il peut avantager ceux qui disposent des qualifications les plus utiles dans la nouvelle organisation productive.

Et il peut fragiliser ceux dont les compétences sont moins demandées.

Cela peut conduire à une polarisation de l’emploi.

La polarisation de l’emploi désigne une transformation de la structure des emplois dans laquelle les emplois très qualifiés progressent, les emplois peu qualifiés de services peuvent aussi se maintenir ou augmenter, tandis que les emplois intermédiaires reculent.

En haut, des emplois très qualifiés, souvent bien rémunérés.

En bas, des emplois de services moins qualifiés, souvent moins bien rémunérés.

Au milieu, certains emplois administratifs, ouvriers ou intermédiaires sont fragilisés par l’automatisation, l’informatisation ou la réorganisation des entreprises.

Le marché du travail ressemble alors moins à une échelle régulière qu’à une sorte de sablier.

Avec du monde en haut.

Du monde en bas.

Et un milieu qui se resserre.

Image magnifique.

Pas forcément rassurante.

Ce mécanisme peut creuser les écarts de revenus du travail.

Les travailleurs très qualifiés peuvent bénéficier d’opportunités nouvelles et de rémunérations plus élevées.

Les travailleurs peu qualifiés ou les travailleurs dont les compétences sont rendues moins utiles peuvent subir des revenus plus faibles, plus instables ou des périodes de chômage.

Le progrès technique récent peut aussi modifier les formes d’emploi. Avec les plateformes numériques, certaines activités se développent sous des statuts plus flexibles, souvent indépendants, parfois précaires. C’est ce que l’on appelle l’ubérisation de l’emploi. Le travail existe bien, mais il est organisé autrement : par une plateforme numérique, avec des revenus variables, une protection sociale parfois plus faible, une forte mise en concurrence des travailleurs.

Nous y reviendrons dans une future réflexion sur les mutations du travail et de l'emploi. Mais on voit déjà le lien avec les inégalités de revenus : quand les revenus deviennent plus instables, quand les protections sont plus faibles, quand les travailleurs sont davantage mis en concurrence, certains peuvent être fragilisés.


Au niveau microéconomique : certains individus et certaines entreprises captent davantage les gains de l’innovation

Le deuxième niveau est microéconomique.

On regarde ici de manière individuelle les entreprises, les travailleurs, les propriétaires du capital.

Et là, une idée est importante : toutes les entreprises ne profitent pas également du progrès technique.

Certaines innovent.

Certaines réussissent à imposer un nouveau produit, une nouvelle technologie, une nouvelle plateforme, un nouveau procédé.

Elles peuvent alors gagner des parts de marché.

Elles peuvent dégager des profits élevés.

Elles peuvent obtenir une rente d’innovation.

Une rente d’innovation, c’est un revenu élevé obtenu parce qu’une entreprise dispose temporairement d’un avantage lié à son innovation.

Elle a trouvé avant les autres.

Elle produit mieux que les autres.

Elle vend un produit que les autres n’ont pas encore.

Elle possède un brevet.

Elle contrôle une technologie.

Elle bénéficie d’un effet de réseau.

Elle a installé son application dans la poche de tout le monde, ce qui est une stratégie assez efficace, reconnaissons-le.

Dans ce cas, les gains peuvent être très importants.

Les salariés les plus qualifiés de ces entreprises peuvent toucher des salaires élevés.

Les dirigeants peuvent percevoir des rémunérations importantes.

Les propriétaires de l’entreprise peuvent voir la valeur de leurs actions augmenter.

Les actionnaires peuvent recevoir des dividendes.

Les fondateurs peuvent devenir extrêmement riches.

On pense souvent aux grandes entreprises du numérique.

Mais le mécanisme ne concerne pas seulement quelques noms célèbres.

De manière plus générale, lorsqu’une entreprise innove avec succès, elle peut capter une part importante de la valeur créée.

Et cette valeur ne se répartit pas toujours également entre tous les travailleurs.

Ni entre tous les ménages.

Les propriétaires du capital peuvent en tirer un avantage considérable.

C’est ici qu’il faut bien distinguer deux types de revenus.

Les revenus du travail : salaires, primes, rémunérations liées à une activité.

Les revenus du capital : dividendes, intérêts, loyers, plus-values, revenus tirés de la propriété d’un actif.

Le progrès technique peut donc accroître les inégalités en augmentant les revenus des travailleurs qualifiés, mais aussi en augmentant les revenus du capital.

Et comme le capital est très inégalement réparti dans la population, les gains liés à l’innovation peuvent se concentrer entre les mains d’une minorité.

Tout le monde ne possède pas des actions dans les entreprises qui dominent les marchés numériques.

Tout le monde ne détient pas des brevets.

Tout le monde ne vend pas sa start-up pour plusieurs centaines de millions d’euros avant de partir méditer sur le sens de la vie dans une maison avec piscine et vue sur la mer.


On peut donc représenter ce deuxième mécanisme ainsi :

Innovation réussie → rente d’innovation et profits élevés → hausse des revenus des dirigeants, salariés très qualifiés et détenteurs du capital → concentration d’une partie des gains → hausse possible des inégalités de revenus

Ce point est essentiel.

Le progrès technique ne produit pas seulement des gagnants et des perdants entre travailleurs.

Il produit aussi des écarts entre entreprises.

Et entre ceux qui possèdent le capital et ceux qui ne le possèdent pas.

Et entre ceux qui captent les gains de l’innovation et ceux qui les subissent.


Au niveau mésoéconomique : certains secteurs et certains territoires gagnent, d’autres déclinent

Le troisième niveau est mésoéconomique.

Méso, cela veut dire qu’on se place entre le niveau global de l’économie et le niveau individuel.

On regarde les secteurs, les branches, les métiers, les entreprises d’un même domaine, les territoires.

Et là aussi, le progrès technique peut créer des inégalités.

Il ne transforme pas toute l’économie au même rythme.

Certains secteurs deviennent très dynamiques.

D’autres déclinent.

Certains métiers apparaissent.

D’autres disparaissent.

Certains territoires attirent les entreprises innovantes.

D’autres perdent des activités productives.

Prenons la destruction créatrice.

Nous avons vu qu’une innovation pouvait créer de nouvelles activités tout en rendant anciennes certaines activités existantes.

Quand le streaming se développe, il crée des emplois dans les plateformes numériques, les serveurs, les algorithmes de recommandation, la production de contenus, les abonnements, les services numériques.

Mais il fragilise la vente de CD, de DVD, les magasins spécialisés, certaines formes de distribution physique.

Le progrès technique ne détruit pas seulement.

Il ne crée pas seulement non plus.

Il déplace.

Il réorganise.

Il trie.

Et le tri, socialement, peut être brutal.

Et le phénomène peut être territorial.

Les activités innovantes ont tendance à se concentrer dans certains lieux.

Pourquoi ?

Parce qu’elles ont besoin d’universités, de laboratoires, de chercheurs, d’ingénieurs, de financeurs, de grandes infrastructures, de réseaux d’entreprises, de services spécialisés, de main-d’œuvre qualifiée.

Ces ressources ne sont pas réparties également sur tout le territoire.

On retrouve alors des pôles d’innovation, des métropoles dynamiques, des régions bien connectées aux marchés mondiaux.

Et, à côté, des territoires moins favorisés, parfois spécialisés dans des activités plus anciennes, moins rentables ou en déclin.

Ce n’est pas que les habitants des territoires en difficulté auraient moins de mérite.

C’est plus simple, et c'est plus cruel : les activités ne se localisent pas au hasard.

Elles vont là où elles trouvent les ressources dont elles ont besoin.

Si une entreprise innovante cherche des ingénieurs, des chercheurs, des infrastructures numériques, un aéroport, des laboratoires, des financements, elle ne s’installe pas dans un territoire où tout cela manque.

Même si le paysage est charmant.

Et même si le maire est très motivé. On lui en voudra mais, au final, ce ne sera pas vraiment de sa faute.


Cela peut produire des inégalités territoriales de revenus.

Dans les territoires innovants, les emplois qualifiés se développent, les revenus peuvent augmenter, les prix de l’immobilier montent, les services se multiplient.

Dans les territoires fragilisés, les emplois industriels ou intermédiaires peuvent reculer, les opportunités se réduire, les jeunes diplômés partir, les revenus stagner.

Et comme toujours, les phénomènes se renforcent.

Un territoire dynamique attire des entreprises. Ces entreprises attirent des travailleurs qualifiés. Ces travailleurs qualifiés attirent des services. Ces services rendent le territoire encore plus attractif.

À l’inverse, un territoire en déclin perd des entreprises. Il perd des emplois. Il perd parfois des habitants. Il perd des ressources fiscales. Il peine à financer ou maintenir certains services.

Et le déclin peut s’autoalimenter.

On retrouve donc un mécanisme essentiel :

Progrès technique → concentration des activités innovantes dans certains secteurs et certains territoires → hausse des revenus dans les espaces dynamiques → fragilisation des secteurs et territoires en déclin → inégalités territoriales de revenus

Le progrès technique ne creuse donc pas seulement des écarts entre individus.

Il peut aussi creuser des écarts entre secteurs. Et entre territoires.


La destruction créatrice peut amplifier ces inégalités

La destruction créatrice désigne le processus par lequel le progrès technique fait disparaître certaines activités productives, certains métiers ou certaines entreprises, tout en en créant de nouveaux.

Elle n’est pas la seule cause des inégalités de revenus.

Mais elle peut les amplifier.

Pourquoi ?

Parce qu’elle accélère la séparation entre gagnants et perdants du progrès technique.

Les entreprises capables d’adopter les nouvelles technologies peuvent se développer.

Celles qui n’y arrivent pas peuvent décliner.

Les travailleurs qui possèdent les compétences demandées peuvent bénéficier de nouvelles opportunités.

Ceux dont les compétences deviennent moins utiles peuvent être fragilisés.

Les territoires capables d’attirer les activités innovantes peuvent s’enrichir.

Ceux qui restent liés à des activités anciennes peuvent perdre des emplois et des revenus.

Autrement dit, la destruction créatrice rend visible un fait simple : le progrès technique ne transforme pas tout le monde au même rythme.

Et ceux qui subissent la destruction ne sont pas toujours ceux qui bénéficient de la création.

C’est même tout le problème.

Dans les manuels, l’économie se réorganise.

Dans la vraie vie, des personnes perdent un emploi, une qualification, un revenu, parfois une identité professionnelle... Voire un réseau de sociabilité. 

Cela soulève des questions quand même... 


Ces inégalités ne sont pas automatiques : elles dépendent aussi des politiques publiques

D'ailleurs, il faut maintenant éviter un piège. Et j'essaie d'en dire un mot rapidement. Mais ce n'est pas ma spécialité.

Dire que le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus ne signifie pas que ces inégalités sont mécaniques, naturelles, inévitables, écrites dans le marbre, gravées sur une tablette par un économiste déprimé ou sadique.

Le progrès technique crée des tensions.

Mais l’ampleur des inégalités dépend aussi des institutions et des politiques publiques.

Une société peut accompagner les transformations économiques.

Elle peut investir dans l’éducation.

Elle peut développer la formation continue.

Elle peut financer des politiques de reconversion.

Elle peut protéger les travailleurs en cas de chômage.

Elle peut réguler certaines formes d’emploi précaire.

Elle peut soutenir les territoires fragilisés.

Elle peut organiser une fiscalité redistributive.

Elle peut éviter que certaines entreprises innovantes deviennent des monopoles trop puissants.

Elle peut favoriser la concurrence pour que les innovations profitent davantage aux consommateurs et ne soient pas captées uniquement par quelques grandes entreprises.

C'est beau... C'est beau et ce n'est pas, a priori, une utopie.

On peut penser ici aux pays scandinaves.

Ils n’empêchent pas le progrès technique. Au contraire, ils l'encouragent.

Ils ne cherchent pas à congeler l’économie dans un état ancien, comme si le monde devait rester bloqué  au téléphone à cadran... Je ne sais même pas si vous voyez de quoi je parle. 

Ils acceptent souvent, ces pays scandinaves, une forte capacité d’adaptation des entreprises.

Mais ils l’accompagnent par une protection sociale importante, des politiques actives de l’emploi, de la formation, de la reconversion, un haut niveau d’éducation et une certaine confiance dans les institutions.

C’est l’idée générale de la flexisécurité.

La flexisécurité combine une certaine flexibilité du marché du travail avec une sécurité pour les travailleurs.

Les emplois peuvent changer.

Les entreprises peuvent se transformer.

Mais les individus doivent être accompagnés, protégés, formés, aidés à retrouver un emploi.

L’objectif n’est donc pas de protéger chaque emploi ancien à tout prix.

L’objectif est de protéger les personnes dans un monde où les emplois changent.

Et la nuance est importante.

Et, pour une fois, elle n’est pas seulement décorative.

On peut donc dire que le progrès technique pose une question politique.

Il ne s’agit pas seulement de savoir si une innovation augmente la productivité ou la demande.

Il faut aussi se demander qui bénéficie des gains et comment on utilise es gains dans la société.

Voilà pourquoi les politiques publiques sont décisives. 

Elles ne suppriment pas les effets du progrès technique.

Mais elles peuvent les orienter.

Les corriger.

Les accompagner.

Les rendre socialement supportables.

Ce qui n’est pas un petit détail.

Voilà pourquoi l'Etat a un rôle important en économie. 

Et je le dis pour ceux qui voudraient le voir disparaitre. 


Conclusion

Le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus par plusieurs mécanismes.

Au niveau macroéconomique, il transforme la structure des emplois. Il peut favoriser les travailleurs qualifiés et fragiliser les travailleurs peu qualifiés ou ceux qui occupent des tâches routinières. Cela peut conduire à une polarisation de l’emploi.

Au niveau microéconomique, il peut enrichir les entreprises innovantes, leurs dirigeants, leurs salariés les plus qualifiés et les détenteurs du capital, notamment grâce aux rentes d’innovation, aux profits, aux dividendes et aux plus-values.

Au niveau mésoéconomique, il transforme les secteurs et les territoires. Certains secteurs deviennent dynamiques, d’autres déclinent. Certains territoires attirent les activités innovantes, d’autres se fragilisent.

La destruction créatrice peut renforcer ces inégalités, parce qu’elle crée des activités nouvelles tout en détruisant des activités anciennes.

Mais il ne faut pas conclure trop vite que le progrès technique condamne forcément les sociétés à devenir plus inégalitaires.

Tout dépend aussi des institutions, de l’éducation, de la formation, de la protection sociale, de la concurrence, de la fiscalité et de l’accompagnement des travailleurs et des territoires.

La vraie question n’est donc pas seulement :

Le progrès technique crée-t-il des gagnants et des perdants ?

La vraie question est aussi :

Que fait la société pour que les perdants ne restent pas durablement perdants ?

Et là, évidemment, on sort un peu de la technique.

On entre dans le politique.

Ce qui est souvent le moment où les choses deviennent plus compliquées.

Donc plus intéressantes.

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